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Histoire du Canada.

blir une colonie française dans le nouveau monde, d’où les Espagnols tiraient tous les jours de si grandes richesses. Il lui présenta un capitaine malouin nommé Jacques Cartier, dont il connaissait le mérite, et que ce prince agréa. Cartier ayant reçu ses instructions, partit de St. Malo, le 20 d’Avril, 1534, avec deux bâtimens de soixante tonneaux et cent-vingt hommes d’équipage. Il prit sa route à l’ouest, en tirant un peu sur le nord, et eut des vents si favorables, qu’il aborda, le 10 de Mai, au Cap de Bonavista, dans l’île de Terre-Neuve. Ayant trouvé la terre encore couverte de neige, et le rivage bordé de glace, il ne put, ou n’ôsa s’y arrêter. Il descendit six degrés au sud-sud-est, et entra dans un port auquel il donna le nom de Ste. Catherine. De là il remonta au nord, et rencontra des îles qu’il appelle, dans ses mémoires, Îles aux Oiseaux. Il cotoya ensuite toute la partie du nord de l’île de Terre-Neuve, où il dit qu’il trouva des hommes bien faits, qui avaient les cheveux liés audessus de la tête comme un paquet de foin, avec quelques plumes d’oiseaux entrelacées sans ordre.

Après avoir fait presque tout le tour de Terre-Neuve, sans pouvoir néanmoins s’assurer encore que ce fût une île, Cartier prit sa route au sud, traversa le golfe, s’approcha du continent, et entra dans une baie profonde, où il souffrit beaucoup du chaud, ce qui la lui fit nommer la Baie des Chaleurs. Il trouva le pays fort beau, surtout en le comparant à celui de Terre-Neuve, qu’il venait de laisser, et fut très content des sauvages qu’il y rencontra, et avec lesquels il troqua quelques marchandises pour des pelleteries.

Au sortir de la Baie des Chaleurs, Cartier visita une bonne partie des côtes qui environnent le golfe, et prit possession du pays, nu nom du roi de France, comme avait fait Verazani, dans tous les endroits où il avait débarqué. Il remit à la voile pour retourner en France, le 15 Août, et arriva heureusement à St. Malo, fa 5 Septembre. Sur le rapport qu’il fit de son voyage, la cour jugea qu’il serait utile à la France d’avoir un établissement dans cette partie de l’Amérique ; mais personne ne prit plus à cœur cette affaire que le vice-amiral Charles de Mouy sieur de la Mailleraye. Ce seigneur obtint pour Cartier une nouvelle commission plus ample que la première, et lui fit donner trois navires et de bons équipages. Cet armement fut prêt vers la mi-mai, 1535. Le 16, jour de la Pentecôte, Cartier et tous ses gens firent leurs dévotions dans l’église cathédrale, où ils reçurent la bénédiction de l’évêque. Cartier montait un vaisseau de cent-vingt tonneaux, appelle la Grande Hermine, et avait avec lui plusieurs gentilshommes qui voulurent le suivre en qualité de volontaires.


(À continuer.)