Page:La Boétie - Discours de la servitude volontaire.djvu/180

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a appelé plus de gens à l’église réformée qu’autre chose, et combien qu’il y en ait que le zèle et une affection de la religion a mis en cette assemblée, si est-ce que quiconque voudra juger sainement, il dira que la plus grande part s’y sont mis sans savoir quel différend ils ont avec nous, que la seule légèreté les a fait ranger à ce qui s’est présenté de nouveau.

Quand la nôtre sera ainsi réglée et réformée, elle semblera toute nouvelle et elle leur donnera grande occasion d’y revenir sans scrupule, pour ce qu’ils ne cuideront pas rentrer en celle qu’ils ont maintenant en haine et horreur, mais en une autre toute neuve ; de tant qu’après avoir nettoyé tant de si grandes taches et si apparentes dont elle est à présent couverte, elle présenterait une face tout autre, qui serait belle à voir et si aimable que les plus rebelles seraient conviés à se raccointer d’elle ; les abus les ont éloignés et la réformation les rappellerait. La curiosité les a fait entrer en l’autre pour voir que c’était et cela même les ramènerait en la nôtre. Aussi est-il croyable qu’il [y] en a une grande partie qui meshui sont las des troubles et seraient bien aises de cette honnête occasion de repos, sans aucune offense de leur conscience. Par aventure, au moment que cette dissension s’échauffe, ils n’eussent pas si aisément reçu cette composition,