Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/70

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Il s’en trouva de si zelées,
Que par avance elles payoient.
Les beaux Peres n’expedioient
Que les fringuantes et les Belles,
Enjoignant aux sempiternelles
De porter en bas leur tribut ;
Car dans ces dismes de rebut
Les Lais trouvoient encor à frire.
Bref, à peine il se pourroit dire
Avec combien de charité
Le tout estoit executé.
  Il avint qu’une de la bande,
Qui vouloit porter son offrande,
Un beau soir, en chemin faisant,
Et son mary la conduisant,
Luy dit : Mon Dieu, j’ay quelque affaire
Là dedans avec certain Frere,
Ce sera fait dans un moment.
L’Epoux répondit brusquement[1]:
Quoy ? quelle affaire ? estes-vous folle ?
Il est my-nuit, sur ma parole :
Demain vous direz vos pechés :
Tous les bons Peres sont couchés.
Cela n’importe, dit la femme :
Et, par Dieu[2], si ! dit-il, Madame,
Je tiens qu'il importe beaucoup ;
Vous ne bougerez pour ce coup.
Qu’avez-vous fait ? et quelle offence
Presse ainsi vostre conscience ?
Demain matin j’en suis d’accord.
Ah ! Monsieur, vous me faites tort,
Reprit-elle ; ce qui me presse,

  1. Édition de 1668:
    L’Epoux repartit brusquement.
  2. Édition de 1668:
    Et, parbleu, si .....