Page:La Nature, 1878, S1.djvu/51

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L’hiver était particulièrement doux ; il suspendait quelque peu, sans l’interrompre réellement, le cours de la végétation. Dans l’opinion de M. Heer, les Saules, les Platanes, les Liquidambars et le Camphrier fleurissaient dès le mois de mars, comme ils le font actuellement à Madère.

La coïncidence des fourmis ailées (les fourmis perdent leurs ailes vers le milieu de l’été) et des fruits mûrs de Podogonium, situés à la surface de la même plaque, indique le moment de l’année où ce type aujourd’hui perdu achevait le développement de ses fruits et disséminait ses graines, après avoir fleuri dès le premier printemps.

Les orages étaient sans doute fréquents et les pluies abondantes à cette époque de l’année ; les feuilles, les fleurs, les rameaux, fréquemment arrachés aux branches des arbres et des arbustes étaient entraînés violemment jusque dans le fond des eaux. La proportion considérable de végétaux à feuilles persistantes que l’on observe, fait voir que la nature végétale ne se livrait pas à un repos complet. Les fleurs ou les fruits se montraient çà et là toute l’année, et, selon l’expression même de M. Heer, « la vie ne disparaissait jamais entièrement de ces forêts primitives ; elle se renouvelait en répandant à profusion ses richesses, et réalisait en Europe le tableau de ces zones bénies où de nos jours la végétation ne perd jamais son activité. » Le climat d’Œningen est assimilé à celui de Madère, de Malaga, du sud de la Sicile, du Japon méridional et de la Géorgie par le savant professeur de Zurich, qui lui assigne une moyenne annuelle de 18 à 19 degrés centigrades.

Telle était l’Europe jusqu’au temps où la mer de la mollasse opéra son retrait. À ce moment, s’ouvre la dernière des périodes entre lesquelles se partage l’ensemble des temps tertiaires, la période pliocène ; c’est elle qui nous reconduira, à travers une longue série d’oscillations, jusqu’au seuil de l’âge moderne. Elle ne sera pas terminée que l’homme se sera glissé en Europe, en y laissant des vestiges assurés de sa première apparition. Cte G. de Saporta
Correspondant de l’Institut.

La suite prochainement. —