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LE ROMAN D’UN RALLIÉ

sais gré de vous avoir pressé de partir parce que je crois que vous n’auriez pas trouvé ici le repos d’esprit nécessaire à de grandes résolutions. Sur ma table à écrire est placée la photographie que vous m’avez envoyée, représentant le château avec les fenêtres de votre appartement. De la sorte, je puis m’associer plus étroitement, par la pensée, à votre vie. Quant aux « Landes Rouges », à défaut d’un dessin, je me les figure très bien grâce à la description si artistique que vous m’en faites. Quel joli endroit ce serait pour camper. J’espère que vous n’y perdez pas trop de temps en rêveries. J’ai toujours pensé que lorsqu’on est jeune, il est bon de se laisser aller à la rêverie de temps à autre, à condition seulement de s’arrêter au bon moment ; car il y a un instant précis au delà duquel ce genre d’occupation ne convient plus et cesse de rien produire d’utile et même d’agréable. Peut-être avez-vous fait la même observation.

« Nous avons eu un Xmas très tranquille. La saison est particulièrement terne cette année. Les misses Simpson ont reçu de nouvelles nièces qu’on ne connaissait pas encore et dont elles-mêmes semblaient avoir un peu oublié l’existence car miss Mabel s’est trompée de nom en nous les présentant et les jeunes filles ont dû rectifier elles-mêmes l’erreur de leur tante. Miss Clara est très occupée d’une œuvre pour la régénération des petits nègres par la gymnastique. Elle doit l’inaugurer le mois prochain à Bay-Saint-Louis dans l’Alabama et veut vous convier à la fête. Elle pense que rien ne vous sera plus agréable que de venir passer quelques jours en Amérique à cette occasion et vous engage à voir La Havane en passant. Malgré ce que je lui ai dit pour l’en détourner, je suis certaine qu’elle va vous écrire pour vous inviter.

« Ada a demeuré chez nous pendant dix jours en l’absence de sa famille. J’en ai été bien heureuse. Nous avons parlé de vous sans cesse. Tout ce que vous voudrez me dire sur vos projets me fera toujours tant de plaisir ; d’abord par la confiance que vous me témoignerez en agissant de la sorte — et aussi parce que je crois que vous accomplirez des choses généreuses et utiles à votre pays et que je serai fière d’y avoir un peu contribué. Cher Étienne, si je vous ai causé du chagrin, je le partage et mon cœur saigne. Mais quand l’on éprouve de l’affection pour quelqu’un on songe à lui plutôt qu’à soi. Si j’avais été égoïste je n’aurais pas cherché à hâter votre départ, car il était très doux