Page:La Révolution française et l'abolition de l'esclavage, t1.djvu/50

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O terre ! dont jamais les entrailles ſacrées
Par des Peuples heureux ne furent déchirées
Ouvre au fier Eſpagnol tes antres mugiſſans,
Vomis pour le punir tes funeſtes préſens,
Prodigue tes tréſors, comble ſon eſpérance:
Ta libéralité ſuffit à ta vengeance.
Bientôt regorgeant d’or ſes ſuperbes vaiſſeaux,
D’un fardeau dangereux fatigueront les eaux,
Et leurs flancs vomiront avec tant de richeſſes,
De cent tourmens divers, ſources enchantereſſes
Les maux des citoyens, les querelles des Rois,
Et le ſombre égoïſme & le mépris des lois ;
L’amitié n’aura plus que de mourantes flâmes ;
L’intérêt en deſpote aſſervira les âmes,
Et cédant ſon empire à ce maître nouveau,
L’amour, de déſeſpoir, éteindra ſon flambeau.
Déjà même Cérès & ſes triſtes Compagnes
Regrettent l’habitant des fertiles campagnes,
Qui, laiſſant ſa charrue au milieu d’un ſillon,
Trop docile aux ſignaux d’un fatal pavillon,
Sous un Ciel inconnu va chercher l’opulence,
Tandis qu’en ſes vergers il trouvoit l’abondance.
Sur les rives du Tage il reparoît enfin :
Il y porte de l’or, il y trouve la faim.
Riche & pauvre à la fois, le faſtueux Ibère
Etale avec orgueil ſa pompeuſe misère.