Page:La Révolution française et l'abolition de l'esclavage, t1.djvu/51

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Il partit généreux, il revient inhumain :
La rage des lions fermente dans ſon ſein.
Vers les bords de l’Afrique il tourne ſa furie.
A quel prix ! juſtes Dieux ! ſa molleſſe eſt nourrie
De mets qui flattent moins les ſens que ſon orgueil ;
De cent mille Africains ce luxe eſt le cercueil
En proie aux Eſpagnols, aux François, aux Bataves,
Le nouveau Continent n’a point aſſez d’Eſclaves ;
Nos beſoins, nos déſirs ſont plus vaſtes que lui :
Le Nègre y va trainer ſa chaîne & ſon ennui.
O rive de Guinée ! ô commerce exécrable !
Où l’homme, au poids de l’or, marchande ſon ſemblable.
Ton ſemblable !… non, non, barbare ! il ne l’eſt pas ;
Il n’eut point à rougir de pareils attentats.
Tyran ! tu n’es plus homme, après ce crime atroce :
Ne ſois pas plus cruel que le tigre féroce ;
Dévore ta victime, & ne l’enchaîne pas.
Entends-tu cet Eſclave invoquer le trépas ?
La mort, à ton exemple, eſt injuſte & cruelle,
De ton cœur implacable, image trop fidelle,
La tombe pour lui ſeul refuſe de s’ouvrir,
Et tu lui ravis tout, juſquau droit de mourir.