Page:La Révolution française et l'abolition de l'esclavage, t1.djvu/53

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Ciel ! j’ai vu treſſaillir ces montagnes tremblantes.
De ce Monde ébranlé colonnes chancelantes :
Sous cette voûte horrible un jour affreux nous luit,
Ce jour eſt effacé par l’inſtant qui le fuit.
Là, des vents déchaînés les obſcures cavernes,
Là, des lacs ſouterrains les immenſes citernes
S’entr’ouvrent, & plus loin des torrens enflâmés
Entraînent les mineurs à demi confumés.
Rival du Créateur juſques dans ſa colère,
L’homme creuſe un tartare au centre de la terre.
Fuyons de ces cachots, théâtre de forfaits,
Où la clarté du jour ne pénétra jamais.
L’humanité gémit au bord de ces abymes,
Et ces champs à ſes yeux offrent de nouveaux crimes
Cruel ! où traîne-tu ces Nègres languiſſans,
Courbés ſous la fatigue & ſous le poids des ans ?
Ils expirent de faim[1], martyrs de ta molleſſe,
Au milieu des travaux qu’ordonne ta pareſſe.
Quel forfait a commis ce Caffre infortuné,
Par un Maître inflexible[2] à l’échafaud traîné ?

  1. La plupart des Colons ne donnent à leurs Nègres qu’un peu de chocolat pour les ſoutenir dans leurs travaux, depuis le lever du ſoleil juſqu’à ſon coucher.
  2. La première fois qu’un Nègre s’enfuit, on lui coupe les oreilles ; la ſéconde, on lui coupe la cuiſſe ; la troiſième, on le punit de mort. V. le Code Noir.