Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/448

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famille à part, sont tous le produit d’anciens changements dans ses actions et des habitudes qu’il a prises et qui sont devenues particulières aux individus de son espèce. » Puis viennent huit pages dans lesquelles il n’est plus question de restrictions et dans lesquelles l’auteur démontre admirablement notre parenté avec les anthropoïdes. Ensuite vient la conclusion prudente : « Telles seraient les réflexions que l’on pourrait faire si l’homme n’était distingué des animaux que par les caractères de son organisation et si son origine n’était pas différente de la leur. » Avec la méthode de M. Brunetière, on conservera le début prudent et la combinaison prudente, on supprimera les huit pages intermédiaires et l’on fera ainsi des morceaux choisis de Lamarck à l’usage des écoles primaires. Voilà, sûrement, un excellent motif d’espérer.

À propos de la citation du cardinal Newman, M. Brunetière trouve une difficulté :

… une difficulté qu’on éprouve, c’est de concilier l’immutabilité du dogme avec la possibilité du progrès dans le christianisme ; et, en effet, si la vérité est venue de Dieu et a d’abord toute sa perfection, comment concevez-vous que le temps puisse y ajouter quelque chose ? Il me semble, messieurs, que la théorie de l’évolution nous offre un moyen de lever l’obstacle. Un philosophe a jadis essayé de nous dire : Comment les dogmes finissent, et un autre philosophe s’est efforcé de montrer : Comment ils renaissent : la théorie de l’évolution nous enseigne : Comment les dogmes vivent ; je n’ose dire encore, et de peur d’être mal compris : Comment les dogmes évoluent… Les dogmes sont toujours en substance ce qu’ils seront et cette substance ne variera pas. Mais ce sont des hommes qui reçoivent ou qui conçoivent les dogmes ; ce sont des êtres contingents et ce sont des êtres successifs…

Heureusement que M. Brunetière est un apologiste qualifié ! A-t-on assez reproché à ce pauvre M. Tacaud d’avoir dit [1] : « Et le dogme reculera toujours, toujours devant les conquêtes progressives de la science, mai§ en conservant toujours son autorité et son intangibilité primitives. » Avec de l’habileté on peut tirer plusieurs moutures du même sac. Une vérité est une vérité à condition qu’on s’en serve pour le bon motif ? En voici un autre exemple que nous fournit M. Brunetière (p. 35) :

« Si cependant il [Auguste Comte] a enseigné que le véritable progrès, et — ne nous lassons pas de le dire, — le seul qui soit digne de ce nom, est le progrès moral ; que la science ne devait se proposer d’autre objet que de le réaliser ; et que toute philosophie ne saurait avoir de plus haute ambition que de se terminer à la morale, qu’il appelait seulement du nom de sociologie, est-ce que ce n’est pas, messieurs, ce que nous croyons comme lui ?

M. Grasset, dans un livre que j’analysais ici même il y a quinze jours, [2] disait exactement le contraire. La morale, ce n’est pas du tout ce que d’aucuns ont appelé l’hygiène sociale. Ce serait trop commode pour

  1. Le Conflit, op. cit., p 72.
  2. Les Limites de la Biologie.