Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/175

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Au fond d’une large corbeille japonaise en paille, les marrons glacés brillaient d’un éclat humide dans leurs petites baignoires de papier blanc plissé.

La jeune maîtresse de maison se leva pour préparer une tasse de thé doré.

Le jeune homme contemplait les mains merveilleuses dont les mouvements étaient d’une douceur extrême.

Elle sucra le thé, versa le rhum — connaissant son goût, probablement.

Puis elle revint s’asseoir sous la véranda, près des pots de verre gris, rouges et dorés.

La jeune fille se leva ; elle apporta la tasse d’argent plate et la corbeille de bambou tressé.

Le jeune homme but lentement le thé, mangea des gingerbreads et quinze marrons glacés.

Les dames souriaient.

Il dit : « Un thé clair, jaune d’or, avec de bon rhum, voilà, mesdames, le meilleur stimulant du monde. Cet or fluide nous réchauffe et exerce sur les nerfs de noire goût un charme suave qui s’étend à tout l’organisme comme une douce-vapeur. C’est comme un bain intérieur, chaud et parfumé, et cela rehausse l’énergie vitale.

» Les gingerbreads sont les rois des cakes anglais. Cassants comme verre, ils renferment l’âme du gingembre, un arbuste singulièrement stimulant ».

Il dit encore : « Le marron glacé est un mets très nourrissant et d’une digestion très facile... ; au cours de ses transformations postérieures, il engendre directement de l’esprit. »

Les dames souriaient.

— Oui, mesdames, il faut nous efforcer sans cesse de remplacer avec adresse et raffinement les forces qui se perdent dans la vie, de les remplacer rapidement et facilement ; il faut nous efforcer d’équilibrer notre train de maison et de l’augmenter. C’est de cette manière que nous croissons dans l’infini et que nous devenons immortels...

— Comment fait-on les marrons glacés ? demanda la belle jeune fille.

— Je ne sais pas..., dit la maîtresse de la maison. On les achète chez Demel.

Lui : « Il semble qu’on les fasse cuire dans de la vapeur d’eau... À toutes ces belles, bonnes et saines choses viennent s’ajouter deux mains idéales, et une robe de satin rayé, avec des lueurs et des plis où l’ombre se repose. Un flot de forces nous entre alors par les yeux, un flot de forces qui baigne notre cerveau et le lave de tout ce qui l’alourdissait et le troublait. »

La jeune dame rougit.

La jeune fille garda son teint d’écume de mer dans laquelle on aurait fumé.

Le jeune homme considérait ces jours de réception comme un établissement