Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/177

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Et c’est un art de livrer tout cela aux autres de façon à ce qu’ils le sentent comme vous l’avez senti.

» Mais autre chose est d’avoir le même sentiment, le même sens délicat des formes et des couleurs de l’âme, de l’esprit. L’art véritable ne commence qu’à la peinture des événements psychiques. La vie doit passer au travers d’un esprit, au travers d’une âme et, là, s’imbiber comme une éponge d’âme et d’esprit. Puis ressortir, plus grande, plus pleine, plus vivante. Et c’est l’Art. »

La fine machine avait trouvé une courroie ; elle travaillait avec précision et vigueur.

La jeune femme était, devenue pale. Si elle ne comprenait pas tout, elle savait néanmoins qu’il y avait là quelque chose dont le vol franchissait son horizon et qui s’étendait au loin, en avant, en haut, comme la lumière, comme l’air...

Quelle attitude prendre ? Elle était toute nerveuse et laissait gravement tomber son regard sur ses mains blanches...

Mais la princesse d’écume de mer était devenue rosé. Ses ailes volaient de concert. Elle sentait la vérité. Elle pensait : « C’est bien cela ! L’art, c’est ce qui rend la vie plus vivante. Que serait-ce, en effet, que l’Art, si, sorti de la vie, il n’était pas plus vivant qu’elle ? »

Elle entrevoyait le rapport de l’Art et de l’Amour...

— On devient plus vivant..., pensait-elle. Huit heures sonnèrent.

Le jeune homme prit congé. Il baisa les mains blanches et les mains ambrées.

De nouveau, dans l’antichambre, il effleura doucement le manteau de dame qui pendait à la patère de nickel.

La porte de l’escalier se referma.

Mais, dans le salon, les dames souriaient...

Elles sentaient peut-être que les ressorts cachés avaient gagné en tension, que le travail d’assimilation et de désassimilation s’accomplissait plus vite...

Mon Dieu, oui... ! Elles étaient toutes rosés et de joyeuse humeur !

Un banc simple, large et bas de granit poli et luisant, sous un tilleul jaune-vert. Un monsieur et une demoiselle y sont assis.

— Qu’êtes-vous ?... interrogea la jeune fille pâle aux cheveux brun-clair ; croyez-vous ou ne croyez-vous pas ?

— Cette question de la religion est très simple...

— Simple !

— Oui, je suis à la fois théiste et athée.

— Ce n’est cependant pas simple, dit-elle ; croyez-vous en Dieu ?

— Oui. Dieu est la somme de toutes les forces desquelles et au moyen desquelles la vie a pris naissance. Par suite, Dieu a créé la vie. Il est le Père, le Tout-Puissant.