Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/185

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En partant, la jeune fille lui dit :

— Donnez-moi la médaille d’or qui est sur l’image...

C’était à la fois cupidité et curiosité. Elle voulait savoir ce qu’il y avait derrière.

Il tira le tableau de son cadre et détacha la médaille. Alors, elle aperçut la tète de Judas.

— Encore un destructeur..., dit-elle.

— Comment cela, encore ? C’est toujours le même. Il est en nous et l’Autre aussi. Mais vous ne comprenez pas cela. Il y a toujours en nous quelqu’un qui trahit, qui vend et qui tue notre homme idéal...

Elle prit la médaille de Spinoza.

— Adieu, dit-elle, et elle l’embrassa sur la bouche.

Il sentit encore une fois cette haleine qui avait le parfum d’amandes douces, chaudes et épluchées.

— Adieu, dit-il.

Puis il replaça l’image contre le mur, au-dessus de son lit.

Et, de nouveau, les nobles apôtres, tristes jusqu’à la mort, étaient assis avec le plus noble de tous, avec leur Seigneur traqué et las jusqu’à la mort, avec cette fleur de l’Humanité tout entière. Et Judas se tenait pâle dans la porte entr’ouverte, par laquelle blanchissait la faible lumière de l’aube. Le jour se levait...

Mais, ce n’était pas le jour qui se levait... C’était la nuit qui tombait.


Lui et Elle sont assis sur un banc, dans l’allée de tilleuls.

ELLE : Désirez-vous m’embrasser ?

LUI : Oui, mademoiselle...

ELLE : Sur la main... ?

LUI : Non, mademoiselle.

ELLE : Sur la bouche... ?

LUI : Non, mademoiselle.

ELLE : Oh ! vous êtes inconvenant...

LUI : Je pensais : sur le bord de votre robe.

Elle pâlit...


Mon ami,

La confiance, la confiance ! Qui me la donnera ?! L’homme ?! Le verbe ?! Le regard ?! L’action ?! Mon désir ou mon regret ?! Ce qui est en toi, ou ce qui est en moi ?! Si elle n’est pas, comment fais-tu qu’elle soit ?!

Vos lettres, votre amour, mon ami, tout cela est presque trop beau pour être vrai, réel,

Tout brille comme dans une gloire céleste.