Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/33

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les cheveux pendant qu’ils regardent en l’air où vont leurs chapeaux. Les rues de Carson manquent rarement d’animation par les après-midi d’été, à cause du grand nombre d’habitants qui dansent autour de leur coiffure, comme des femmes de chambre qui essaieraient de décapiter une araignée.

Le « zéphyr du Washoe » (Washoe est un petit nom d’amitié qu’on donne au Nevada) est un vent qui a cela de particulièrement biblique, que l’on ignore « d’où il vient », c’est-à-dire son origine. Il arrive droit par-dessus les montagnes de la chaîne occidentale, mais quand on franchit le sommet on n’en trouve pas une bribe de l’autre côté. On le fabrique probablement sur la cime au moment voulu et c’est de là qu’il part. C’est un vent assez régulier en été. Ses heures de bureau sont de deux heures de l’après-midi à deux heures du matin le lendemain, et quiconque se risque dehors pendant ces douze heures est obligé de compter avec le vent, sinon il fera halte à deux ou trois kilomètres sous le vent du point où il se dirige. Et pourtant la première plainte qu’un visiteur du Washoe fait à San Francisco, c’est que les vents de mer y soufflent si fort ! ce qui est bien humain.

Nous trouvâmes que le palais d’état du Gouverneur du Territoire de Nevada se composait d’une maison en planches d’un étage avec deux petites chambres à l’intérieur, et, devant, pour plus de grandeur, un auvent soutenu par deux poteaux ; — il imposait le respect aux habitants et la terreur aux Indiens. Le président et les assesseurs du tribunal du Territoire, nouvellement arrivés, étaient installés avec moins de splendeur. Ils vivaient chacun de son côté en pension bourgeoise et avaient leurs bureaux dans leurs chambres.

Le Secrétaire et moi, nous prîmes nos quartiers dans le « ranch » d’une estimable dame française du nom de Brigitte O’Flannigan, de la suite de Son Excellence M. le Gouverneur. Elle l’avait connu dans sa prospérité en qualité de commandant en chef de la police métropolitaine de New York, et elle ne voulut pas l’abandonner dans son adversité comme Gouverneur du Nevada. Notre chambre était au rez-de-chaussée, donnant sur la plaza et lorsque nous y eûmes fait entrer notre lit, une petite table, deux chaises, le coffre-fort du Gouvernement et le dictionnaire complet, il restait encore de la place pour un visiteur, peut-être pour deux, mais alors en forçant les murs. De fait, les murs pouvaient supporter ça, du moins les cloisons le pouvaient, car elles consistaient simplement en une seule