Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/433

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CHAPITRE XXXVI
Une usine à quartz. — L’amalgamation. — « Criblage des déchets. » — Première usine du Nevada. — L’essai au feu. — Un essayeur malin. — Je demande de l’augmentation.

J’avais déjà appris quelle dure, longue et lugubre besogne c’est de fouiller les entrailles de la terre pour en tirer le minerai convoité ; j’appris maintenant que le déterrage n’est qu’une moitié du travail et que la séparation du métal et du minerai en est l’autre moitié, ingrate et pénible. Il nous fallait être debout depuis six heures du matin et y rester jusqu’à la nuit. Cette usine était à six pilons à vapeur. Six longues tiges de fer perpendiculaires, aussi grosses que la cheville et garnies à leur extrémité inférieure d’une lourde masse de fer et d’acier étaient réunies à la manière d’une barrière ; elles se levaient et retombaient tour à tour dans un coffre en fer nommé « batterie ». Chacune de ces tiges ou pilons pesait six cents livres. L’un de nous se tenait à côté de la batterie toute la journée, cassant avec un marteau les masses de rocs argentifères et les pelletant dans la batterie.

La danse incessante des pilons réduisait les rocs en poudre et un filet d’eau tombant dans la batterie les convertissait en une pâte crémeuse. Les particules les plus menues étaient entraînées à travers un fin tamis de fil de fer qui bordait de toutes parts la batterie, puis conduites dans de grands récipients portés à une haute température au moyen de vapeur surchauffée, — les cuves d’amalgamation — c’est leur nom.

Dans ces cuves, la masse de pâte est maintenue constamment en mouvement par la révolution de « mullers » (batteurs). On munit toujours la batterie d’une forte dose de mercure ; il se saisit des particules libres d’or et d’argent et se les incorpore ; on secoue aussi sur les cuves une fine pluie de mercure, à travers un sac de peau, toutes les demi-heures environ. On y ajoute de temps en temps de grandes quantités de sel grossier et de sulfate de cuivre pour aider à l’amalgamation en détruisant les métaux communs dont l’or et l’argent sont revêtus et qui en empêcheraient l’absorption par le mercure. Nous devions nous occuper constamment de toutes ces opérations ennuyeuses. Des ruisseaux d’eau sale s’écoulent continuellement des cuves et sont canalisés jusqu’au ravin dans de larges conduites de bois. On ne supposerait pas que des atomes d’or et d’argent puissent surnager à la surface de six pouces d’eau ; pourtant cela est, et