Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/237

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Elle eut un murmure de commisération.

— Mais cela vous ennuie-t-il assez… pour que le mariage vous paraisse une solution ?

Selden éclata de rire.

— À Dieu ne plaise ! — déclara-t-il.

Elle se leva en soupirant et jeta sa cigarette dans le foyer.

— Ah ! voilà la différence… une jeune fille y est forcée, un homme peut, si cela lui convient. (Elle l’examinait d’un œil critique.) Votre jaquette est un peu râpée… mais qui donc y prend garde ? Cela n’empêche pas les gens de vous inviter à dîner. Si, moi, j’avais une robe fanée, personne ne me voudrait : une femme est invitée autant pour sa toilette que pour elle-même. La toilette est le fond du tableau, le cadre, si vous voulez : elle ne détermine pas le succès, mais elle y contribue. Qui voudrait d’une femme pas élégante ? On attend de nous que nous soyons jolies et bien habillées jusqu’à la fin… et si nous ne pouvons y parvenir toute seule, il nous faut monter une association à deux.

Selden l’observait avec amusement : malgré la supplication de ses beaux yeux, il était impossible d’envisager au point de vue sentimental le cas de miss Bart.

— Eh bien, mais… il doit y avoir une masse de capitaux en quête d’un pareil placement. Peut-être votre destin vous attend-il ce soir chez les Trenor.

Elle répondit à son regard par une interrogation :

— Je pensais que vous iriez peut-être… oh ! pas à ce titre ! Mais il y aura un tas de vos amis… Gwen Van Osburgh, les Wetherall, lady Cressida Raith… et les George Dorset.

Elle s’était arrêtée, un instant, avant ce dernier nom ; elle lança entre ses cils un coup d’œil inquisiteur, mais il demeura imperturbable.

— Mrs. Trenor m’avait invité, mais je ne puis m’absenter avant la fin de la semaine, et ces grandes réunions m’assomment.

— Ah ! moi aussi, — s’écria-t-elle.

— Alors, pourquoi y allez-vous ?

— Cela fait partie du métier… l’oubliez-vous ? Et puis, si je n’y allais pas, il me faudrait faire le bésigue de ma tante, à Richfield Springs.