Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/264

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fait, la question menaçait de demeurer sans solution lorsque Mrs. Peniston déclara avec un soupir :

— Je vais essayer de la prendre pour un an.

Tout le monde fut surpris, mais chacun dissimula sa surprise, de peur que Mrs. Peniston ne revînt sur sa décision.

Mrs. Peniston était la sœur de M. Bart ; elle était veuve, et, bien qu’elle ne fût point le membre le plus riche de la famille, loin de là, tous les autres néanmoins démontraient à qui voulait les entendre qu’elle était clairement désignée par la Providence pour assumer la charge de Lily. En premier lieu, elle vivait seule, et ce serait charmant pour elle d’avoir une jeune compagne. Puis elle voyageait quelquefois, et la familiarité de Lily avec les habitudes étrangères — considérées d’ailleurs comme regrettable par les plus conservateurs d’entre ses parents — lui permettrait tout au moins de tenir le rôle d’une sorte de courrier. Mais, en réalité, aucun de ces arguments n’avait touché Mrs. Peniston. Elle avait pris la jeune fille, tout simplement, parce que personne autre ne voulait d’elle, et parce qu’elle avait l’espèce de mauvaise honte qui rend difficile l’étalage de l’égoïsme en public, bien qu’elle ne gène en rien sa satisfaction dans le privé. Il eût été impossible à Mrs. Peniston d’être héroïque dans une île déserte ; mais, avec les regards de son petit monde braqués sur elle, elle éprouvait un certain plaisir à se comporter ainsi.

Elle fut récompensée, comme c’était justice, de son désintéressement, et trouva dans sa nièce une agréable compagne. Elle s’était attendue à ce que Lily fut entêtée, difficile, et « étrangère », — car Mrs. Peniston elle-même, bien qu’elle voyageât quelquefois, partageait la terreur que toute sa famille avait de « l’étranger » ; mais la jeune fille fit preuve d’une souplesse qui, à un esprit plus pénétrant que celui de sa tante, aurait pu sembler moins rassurante que l’égoïsme avoué de la jeunesse. Les malheurs avaient assoupli Lily au lieu de la raidir, et la substance qui plie est plus difficile à briser que celle qui résiste.

Mrs. Peniston toutefois n’eut pas à souffrir des facultés d’adaptation de sa nièce. Lily n’avait nullement l’intention d’abuser du bon naturel de sa tante. Elle était sincèrement reconnaissante du refuge que celle-ci lui offrait : l’intérieur opulent de Mrs. Peniston n’était pas médiocre, au moins à en