Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/270

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plus me rappeler qui doit venir… Et cette semaine aussi sera un horrible four… et Gwen Van Osburgh s’en ira raconter à sa mère combien les gens se sont ennuyés… Je n’avais pas l’intention d’inviter les Wetherall… ça, c’est une gaffe de Gus ! Ils n’approuvent pas qu’on ait Carry Fisher, vous savez. Comme si l’on pouvait s’empêcher d’avoir Carry Fisher !… Elle a fait une bêtise, c’est vrai, en s’offrant ce second divorce : Carry va toujours trop loin… Mais elle prétend que le seul moyen d’obtenir un sou de Fisher, c’était de divorcer et de le forcer à payer une pension alimentaire. Et la pauvre Carry en est à un dollar près… C’est vraiment absurde de la part d’Alice Wetherall de faire tant de façons à propos de cette rencontre, quand on pense à quel point en est la société aujourd’hui. Quelqu’un disait, l’autre jour, qu’il y a un divorce et un cas d’appendicite dans chacune des familles que l’on connaît… De plus, Carry est la seule personne qui puisse conserver Gus de bonne humeur quand nous avons des raseurs à la maison. Avez-vous remarqué que tous les maris la trouvent à leur goût ?… Tous, je veux dire, excepté les siens !… C’est assez malin à elle de s’être fait une spécialité de se dévouer aux gens ennuyeux : le champ est si vaste, et, par le fait, elle est seule à l’explorer. Elle y trouve des compensations, sans doute : je sais qu’elle emprunte de l’argent à Gus… Mais je la payerais volontiers pour le tenir en bonne humeur, de sorte qu’après tout je ne peux pas me plaindre.

Mrs. Trenor s’arrêta pour jouir du spectacle de miss Bart s’efforçant de débrouiller l’écheveau de sa correspondance.

— Mais il ne s’agit pas seulement des Wetherall et de Carry ! reprit-elle, sur un nouveau ton d’affliction. La vérité, c’est que lady Cressida Raith m’a horriblement désappointée.

— Désappointée ?… ne la connaissiez-vous pas auparavant ?

— Dieu, non !… je l’ai vue hier pour la première fois. Lady Skiddaw l’a envoyée avec des lettres de recommandation pour les Van Osburgh, et j’ai appris que Maria Van Osburgh invitait une foule de gens pour la rencontrer cette semaine : aussi me suis-je dit que ce serait piquant de la lui souffler, et Jack Stepney, qui la connaissait des Indes, a arrangé cela pour moi. Maria a été furieuse, et a positivement poussé l’impu-