Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/343

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


compte de la Compagnie marocaine, entreprise exclusivement française. Ce massacre nous obligeait d’exercer directement une répression qui donnât enfin une leçon aux fanatiques et nous permît de restaurer, par une action vigoureuse et rapide, le prestige du nom français, qui avait reçu au Maroc tant d’atteintes depuis quelques années.

Les mesures prises sur-le-champ montrèrent que notre gouvernement était décidé à mettre en œuvre toutes les ressources nécessaires pour aboutir à un résultat complet. Un corps expéditionnaire fut organisé en Algérie et, en attendant qu’il put être débarqué, le stationnaire de Tanger fut expédié en toute bâte devant Casablanca pour protéger les Européens et montrer notre pavillon. Là, nouvelles complications. Par suite d’un malentendu, un détachement de nos marins chargé de se rendre au consulat fut attaqué : le Galilée bombarda la ville. Les habitants, les soldats réguliers marocains, enfin les tribus des environs se livrèrent au pillage et aux massacres que l’on sait et qui durèrent du 5 août, au lever du soleil, jusqu’à l’après-midi du 7 ; c’est alors que deux bataillons d’infanterie prirent terre, nettoyèrent les rues et s’établirent en dehors des murs sur l’emplacement que nos troupes occupent encore.

Cette action à Casablanca eut d’abord les meilleurs résultats pour le rétablissement de notre influence au Maroc. Les habitants des ports commençaient à être blasés sur l’envoi des croiseurs, qui faisaient leur apparition chaque fois que des troubles se produisaient et s’en retournaient sans tirer un coup de canon ; les indigènes ne s’en souciaient plus et s’étaient habitués à considérer ces démonstrations comme inoffensives. Aujourd’hui, la population des villes côtières sait que les vaisseaux de guerre français possèdent des obus et, quand les circonstances les y obligent, s’en servent. On a dit qu’au cours du bombardement quelques innocents avaient payé pour les coupables. N’oublions pas qu’au Maroc, dans les meurtres commis par la foule, l’individu est moins responsable que la collectivité : le mendiant en haillons qui ramasse des pierres ou s’arme d’un couteau n’est pas le véritable criminel ; il cède à un mouvement de frénésie provoqué par les longues excitations de ses compatriotes, tous plus ou moins ses complices. A Casa-