Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/344

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blanca, les principaux instigateurs des massacres appartenaient aux tribus. Il eût été impossible de se les faire livrer sans chercher querelle à ces tribus tout entières. Mais en se précipitant en masse sur Casablanca, dès les premiers coups de canon, en partant des limites extrêmes de leurs pays pour attaquer la ville d’abord et notre camp ensuite, les diverses fractions de la Chaouïa nous déclaraient en quelque sorte la guerre. Elles venaient ainsi au devant de notre justice ; au lieu d’avoir affaire à des isolés, presque insaisissables, nous nous trouvions désormais en présence d’un tout bien défini et, par conséquent, plus facile à atteindre. Les événements du 5 août et des jours suivants, en simplifiant notre tâche, devaient donc tourner à notre avantage, à condition que le corps de débarquement continuât ce que les croiseurs avaient commencé et infligeât aux tribus Chaouïa et à elles seules, une punition complète : qu’avons-nous fait et qu’aurait-on pu faire pour atteindre ce résultat ?

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Le terme de Chaouïa s’applique, non à une seule tribu, mais à une confédération de douze tribus, groupées sur un territoire nettement délimité. Ce district affecte la forme d’un rectangle. Le rivage de l’Atlantique, sur cent vingt kilomètres — soixante de chaque côté de Casablanca, — en constitue la base ; la profondeur vers l’arrière-pays n’atteint pas tout à fait cent kilomètres. La contrée se divise en trois régions distinctes, constituées par des bandes de terrain parallèles à la côte et d'une largeur sensiblement égale. La première est une zone ondulée, dont les vallonnements séparent une série de crêtes dirigées toutes dans le même sens que le rivage. Puis vient une plaine fertile et presque absolument unie, limitée vers l’intérieur par une falaise abrupte. Ce ressaut défend l’accès d’un plateau désertique et caillouteux, souvent coupé de collines, et qui va se perdre dans les contreforts de l’Atlas, bien au delà de la frontière des Chaouïa.

Ce pays est un des plus prospères du Maroc. Les habitants, mélange d’Arabes et de Berbères, ont toujours été grands agriculteurs et riches éleveurs de bétail. Ils se sont montrés