Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/351

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teur ; mais en se dégarnissant d’une de ses faces, le carré Brulard se vouait à l’immobilité et pendant toute la durée du combat il resta dans la même position, tandis que l’échelon de tête s'éloignait de plus en plus vers Sidi-Moumen. Il en résulta que les deux détachements livrèrent deux combats séparés et ne purent se prêter aucun appui. L’action durait depuis plus d'une heure ; le général Drude, voyant qu’il était inutile de maintenir ses troupes dans une immobilité inutile et qui aurait pu devenir dangereuse, espérant peut-être, grâce à une marche plus rapide vers le camp, intercepter ceux des assaillants qui s'étaient postés sur ses derrières, donna l’ordre au colonel Blanc d'entamer le mouvement de retraite, que le carré Brulard protégerait en se maintenant sur la position qu’il occupait.

Malheureusement cette manœuvre, la seule qu’on eût encore tentée, ne put être exécutée dans de bonnes conditions, en raison de l'organisation défectueuse du détachement de santé qui accompagnait la colonne. On manquait à la fois de matériel et de personnel. Il eût été pourtant tout particulièrement nécessaire de renforcer ce service au maximum, car sa mission était rendue fort difficile par l’obligation où médecins et infirmiers se trouvaient de rester dans les carrés et de se déplacer constamment avec eux. Dans ces conditions il était impossible de constituer, comme le prescrit le règlement, des postes de secours fixes vers lesquels les brancardiers peuvent s’orienter facilement. Dans le premier carré, des blessés furent pansés par le vétérinaire et même par deux correspondants de guerre anglais qui accompagnaient la colonne. Comme les brancards faisaient défaut, un de ces journalistes fit monter sur son cheval un légionnaire atteint à la jambe ; pour en transporter un autre, quatre de ses camarades durent quitter la ligne de feu et improviser une civière avec leurs fusils et leurs ceintures.

La lenteur apportée au relèvement des blessés et des morts qu'on ne pouvait abandonner à l’ennemi, empêcha le colonel Blanc de se mettre en marche immédiatement après en avoir reçu l'ordre. Quand il put commencer son mouvement, la formation en carré fut conservée jusqu’au moment où on s’arrêta pour permettre à l’échelon Brulard d’exécuter sa retraite à son tour. Ce carré opéra plus rapidement malgré la position désavantageuse de la compagnie Dérigoin, qui n’avait pas souffert