Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/354

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des troupes européennes suffisait a détruire. A Casablanca, nous l’avons vu, les conditions de la lutte sont toutes différentes.

Nos colonnes, en restant invariablement sur la défensive, sans jamais esquisser le moindre mouvement tactique contre l’ennemi, se privaient elles-mêmes de tout ce qui faisait leur supériorité. D’abord elles permettaient aux Chaouïa de combattre à leur guise et de se poster à la distance et dans les formations qui leur convenaient ; elles leur laissaient, ainsi, toute l’initiative et une supériorité morale constante : le Marocain n’étant jamais attaqué et attaquant toujours, s’est attribué la victoire après chaque affaire, même après avoir essuyé des pertes beaucoup plus considérables que les nôtres.

Au point de vue matériel, notre tactique nous a également privés des deux principaux avantages que nous possédons sur l’ennemi : le perfectionnement de nos armes et la faculté de manœuvrer, grâce à la cohésion et à l’instruction de nos troupes : en laissant les Chaouïa voltiger autour des carrés, nous ne pouvions mettre à profit le tir rapide et précis de nos fusils et de nos canons.

Pour utiliser notre second avantage, la manœuvre, il eût été nécessaire, avant tout, de fixer l’ennemi, car on ne peut manœuvrer un adversaire qui se déplace ; la seule manière d’obtenir ce résultat eût été de marcher avec rapidité sur un des camps de l’ennemi : on l’eût obligé alors de s’immobiliser, en partie tout au moins, pour défendre le point menacé. C’était chose facile puisque deux de ces camps, ceux de Taddert et de Titmellil, sont éloignés de 12 et de 15 kilomètres seulement de Casablanca. Au cours de la deuxième période des opérations, on n'a jamais choisi ces camps comme buts des sorties ; on s’est contenté d’exécuter des marches hésitantes et dont les objectifs ne répondaient à aucune idée tactique.

Pendant la reconnaissance du 1er septembre, la colonne a suivi un itinéraire circulaire, s’offrant aux coups de l’ennemi en défilant devant ses tirailleurs. Le 3 septembre, les ordres donnés au colonel Blanc lui enjoignaient de marcher à 8 kilomètres dans la direction de Sidi-Moumen, puis, lorsque cet officier eut demandé de nouvelles instructions, de se porter sur le marabout, où l’on ne savait pas à ce moment que l’ennemi