Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/365

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Une pareille entreprise était d’exécution facile ; elle ne comportait aucun risque sérieux avec les troupes solides et pleines d’entrain qui constituent la petite armée de Casablanca ; il était d’ailleurs possible, par surcroît de précaution, d’y ajouter quelques unités de plus. L’inaction absolue où on l'a maintenue est d’autant plus regrettable que l’opportunité d’une pareille offensive est aujourd’hui passée. Indépendamment des difficultés matérielles qui ne feront que croître jusqu’au mois de février à mesure que les pluies deviendront de plus en plus fortes, la situation politique, qui a changé, nous interdit aujourd’hui tout mouvement vers l’intérieur.

Pendant le mois de septembre, les deux Sultans, qui se disputent l’empire chérifien, se sont décidés à agir. Ils n’ont pu entrer véritablement en campagne ; mais les troupes des deux partis se sont mises en mouvement pour contraindre les provinces hésitantes à se rallier à leurs causes. Abd-el-Aziz, prenant l’initiative, s’est rendu à Rabat ; Moulaye Hafid a riposté en faisant partir de Marrakech une mehalla d’avant-garde, commandée par son cousin Mohammed ould Moulaye Rachid. Dans cette espèce de course, le premier enjeu est le territoire des Chaouïa ; ceux-ci, imitant l’exemple des tribus voisines, se sont immédiatement préparés à détourner l’orage qui les menaçait. Les fractions voisines de Rabat sont demeurées fidèles au Sultan légitime ; les autres, beaucoup plus nombreuses, et certaines que les Français ne les suivraient pas, ont quitté les environs de Casablanca, pour recevoir la petite armée envoyée par Moulaye Hafid à Settat et préserver leurs biens de la convoitise de ces dangereux protecteurs. Marrakech et Rabat ont ainsi succédé à Casablanca comme pôles d’attraction dans l’esprit des indigènes.

La France a pris parti peu après dans le conflit dynastique en envoyant à Rabat, dès que Abd-el-Aziz en eut exprimé le désir, le personnel de la légation de Tanger. Dès lors, toute offensive du corps expéditionnaire serait interprétée, non plus comme une opération destinée à punir le massacre des ouvriers du port, mais comme un appui direct prêté au Sultan légitime contre le prétendant du Sud. Elle risquerait d’entraîner contre nous tous les partisans de Moulaye Hafid et d’obliger le corps de débarquement à sortir de sa mission. D’autre part, il est