Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/366

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impossible de retirer nos troupes, d’abord parce que nous n’avons pas obtenu les satisfactions qu’on a exigées des négociateurs chaouïa, ensuite parce que ce rappel serait pour les tribus le signal d’une nouvelle attaque contre la ville. Notre corps expéditionnaire en est donc réduit à un rôle fâcheux et presque ridicule. Pour n’avoir calculé que l’économie de quelques vies humaines sur le champ de bataille, on va exposer nos soldats à de pires dangers que les balles marocaines, aux maladies qu’engendreront un climat humide et une inaction déprimante.

Telle est la situation dont rien ne peut actuellement faire prévoir la fin. D’après les dernières dépêches de Casablanca, il parait qu’on espère voir les Chaouïa se soumettre, grâce à l’intervention du marabout de Bou-Jaâd, du Tadla, ou à l’offensive que prendrait contre eux la petite armée du chef chérifien Bouchta-ben-Bagdadi. Si l'une de ces éventualités se réalise, — ce qui d’ailleurs est fort douteux, — nous n’en retirerons qu’un mince profit, car le Maroc n’y verra qu’un aveu d’impuissance de notre part.

Si nous avions, au contraire, châtié sur-le-champ, par une offensive à petite envergure, mais rapide et vigoureuse, les Chaouïa responsables du massacre et du pillage, la pacification locale était assurée, notre prestige restauré, en un mot, la question résolue. On pouvait rapatrier aussitôt la plus grande partie du corps expéditionnaire et ne laisser à Casablanca que quatre compagnies et quelques pièces, pour couvrir l’organisation de la police franco-espagnole, conformément aux stipulations d’Algésiras.

RÉGINALD KANN