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CHEZ


LES HEUREUX DU MONDE



V


L’observance du dimanche à Bellomont était principalement marquée par la ponctuelle apparition de l’élégant omnibus qui devait transporter la maisonnée à la petite église voisine. Qu’il y montât quelqu’un ou non, c’était là une question d’importance secondaire : la seule présence de l’omnibus témoignait des intentions orthodoxes de la famille ; elle éveillait même chez Mrs. Trenor, quand elle l’entendait enfin s’éloigner, le sentiment que par quelque substitution mystérieuse, elle en avait fait usage.

Mrs. Trenor prétendait que ses filles allaient réellement à l’église tous les dimanches ; mais, les croyances de leur gouvernante française l’appelant au temple rival, et les fatigues de la semaine retenant leur mère dans sa chambre jusqu’au déjeuner, il y avait rarement quelqu’un là pour vérifier le fait. De temps en temps, dans un spasmodique accès de vertu, — quand on avait fait trop de tapage la veille au soir, — Gus Trenor sanglait sa joviale corpulence dans une étroite redingote et arrachait ses filles au sommeil ; mais généralement, comme l’expliqua Lily à M. Gryce, ce devoir paternel était oublié