Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/477

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


jusqu’au moment où les cloches carillonnaient à travers le parc et où l’omnibus s’en allait vide.

Lily avait fait entendre à M. Gryce que cette négligence des pratiques religieuses répugnait à ses habitudes d’enfance et que pendant ses visites à Bellomont elle accompagnait régulièrement Muriel et Hilda à l’église. Ceci cadrait avec l’assurance — donnée, elle aussi, confidentiellement — que, n’ayant jamais joué au bridge auparavant, elle y avait été entraînée, le soir de son arrivée, et qu’elle avait perdu une somme effroyable par son ignorance du jeu et de ses règles. Sans doute, M. Gryce se plaisait à Bellomont : il en aimait la vie facile et brillante, et le lustre que lui conférait la compagnie de ces gens riches et en vue. Mais il trouvait que c’était une société bien matérialiste ; il y avait des moments où il était épouvanté par la conversation des hommes et par les regards des femmes, et il fut content de découvrir que miss Bart, malgré toute son aisance et sa maîtrise de soi, ne se sentait pas chez elle dans une atmosphère aussi équivoque. Aussi avait-il été particulièrement satisfait d’apprendre qu’elle mènerait comme toujours les petites Trenor à l’église, dimanche matin ; et, tandis qu’il arpentait le sable de l’allée devant la porte, son léger par-dessus sur le bras, et son livre de prières dans sa main soigneusement gantée, il méditait agréablement sur la force de caractère qui avait conservé Lily fidèle à son éducation première dans un milieu si contraire aux principes religieux.

Longtemps M. Gryce et l’omnibus eurent l’allée à eux tout seuls ; mais, loin de regretter cette déplorable indifférence des autres hôtes, M. Gryce en arrivait à nourrir l’espoir que miss Bart ne serait peut-être accompagnée de personne. Cependant les minutes précieuses s’envolaient, les grands alezans piaffaient, et, dans leur impatience, tachaient leurs flancs d’écume ; le cocher, sur son siège, le groom, sur le pas de la porte, semblaient se pétrifier lentement ; et la jeune fille ne venait toujours pas. Tout à coup il y eut un bruit de voix et un froufrou de jupe, et M. Gryce, remettant sa montre dans sa poche, se retourna en tressaillant ; mais ce fut seulement pour tendre la main à Mrs. Wetherall et la mettre en voiture.

Les Wetherall allaient toujours à l’église. Ils appartenaient à ce vaste groupe d’automates humains qui traversent la vie