Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/483

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Et Stepney, frappé, répondit :

— Parbleu, c’est une idée. Il me ferait un cadeau épatant !

« Sim Rosedale » ! Ce nom, plus odieux encore par l’emploi du diminutif, importunait Lily autant qu’une œillade indiscrète. Il signifiait une des nombreuses et haïssable possibilités qui rôdaient sur les confins de son existence. Si elle n’épousait pas Percy Gryce, le jour viendrait peut-être où il lui faudrait être polie avec des gens tels que Rosedale… Si elle ne l’épousait pas ?… Mais elle comptait bien l’épouser : — elle était sûre de lui et sûre d’elle-même… Elle recula en frissonnant hors des sentiers riants où ses pensées s’étaient égarées, et une fois encore elle posa le pied au milieu de la longue route blanche…

Quand elle remonta, ce soir-là, elle s’aperçut qu’une nouvelle tournée de notes était arrivée par le dernier courrier : Mrs. Peniston, en personne consciencieuse, les avait toutes renvoyées à Bellomont.

Aussi miss Bart se leva-t-elle, le lendemain, très sérieusement convaincue que c’était son devoir d’aller à l’église. Elle s’arracha bientôt aux jouissances prolongées du petit déjeuner, sonna pour qu’on lui préparât sa robe grise et dépêcha sa femme de chambre chez Mrs. Trenor pour lui emprunter un livre de prières.

Mais un tel parti pris était trop exclusivement raisonnable pour ne pas contenir en soi des germes de rébellion : ses préparatifs n’étaient pas plutôt terminés qu’ils éveillèrent en elle un sourd sentiment de résistance. Une faible étincelle suffisait à enflammer l’imagination de Lily, et la vue de la robe grise et du livre de prières illumina au loin les années futures. Il lui faudrait aller l’office, tous les dimanches, avec Percy Gryce. Ils auraient un banc, tout près de l’autel, dans l’église la plus chère de New-York, et le nom de Percy figurerait en bonne place dans l’annuaire des charités paroissiales. Au bout de quelques années, quand il aurait engraissé, on ferait de lui un membre du conseil de fabrique. Le pasteur viendrait dîner, une fois chaque hiver, et son mari la prierait de vérifier la liste des invités et de veiller à ce qu’elle ne renfermât pas de divorcées, hormis celles qui auraient donné des gages de repentir en se remariant très richement. Il n’y avait rien de