Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/486

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À la vue de ce groupe, Lily s’arrêta un instant ; elle parut sur le point de se retirer ; puis, après réflexion, elle annonça son approche en secouant légèrement sa jupe. À ce bruit, le couple leva la tête, — Mrs. Dorset avec un regard de franc déplaisir et Selden avec le sourire paisible qui lui était habituel. La sérénité de son aspect troubla Lily ; mais, pour elle, être troublée, c’était sur-le-champ faire un plus brillant effort afin de recouvrer son sang-froid.

— Mon Dieu, suis-je en retard ? — demanda-t-elle en lui donnant la main comme il avançait pour la saluer.

— En retard pour quoi ? — fit Mrs. Dorset avec aigreur. — Pas pour le déjeuner, en tout cas… mais peut-être aviez-vous un rendez-vous plus matinal !

— Oui, j’en avais un, — dit Lily avec assurance.

— Vraiment ? Je vous gêne peut-être, alors ? Mais monsieur Selden est entièrement à votre disposition.

Mrs. Dorset était pâle de colère, et son adversaire éprouvait un certain plaisir à prolonger son supplice.

— Oh ! Dieu, non… restez, je vous en prie, — dit-elle avec bonne humeur. — Je n’ai pas la moindre envie de vous chasser !

— Vous êtes trop bonne, ma chère, mais je n’ai pas l’habitude de gêner les rendez-vous de monsieur Selden.

Cette déclaration fut faite avec un petit accent d’autorité qui n’échappa pas à celui qui en était le sujet : il rougit un peu et dissimula son ennui en se baissant pour ramasser le livre qu’il avait laissé tomber. Les yeux de Lily s’agrandirent délicieusement et elle éclata de rire, d’un rire clair.

— Mais je n’ai aucun rendez-vous avec monsieur Selden !… J’avais rendez-vous pour aller à l’église ; et j’ai peur que l’omnibus ne soit parti sans moi… Est-il vraiment parti ?… savez-vous ?

Elle se tourna vers Selden : il répondit qu’il l’avait entendu s’éloigner, il y avait déjà quelque temps.

— Ah ! alors il faudra que j’aille à pied : j’ai promis à Hilda et à Muriel de les accompagner à l’église… Vous dites qu’il est trop tard pour y aller à pied ? Eh bien ! elles me sauront gré d’avoir essayé, tout au moins… et j’aurai l’avantage d’esquiver une partie de l’office. Je ne suis pas si à plaindre, après tout !