Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/490

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en si peu de temps ! — dit Selden, au moment où les petites Trenor aperçurent miss Bart.

Et, tandis qu’elle répondait du geste à leurs bruyantes salutations, il ajouta promptement :

— Ne voulez-vous pas y consacrer votre après-midi ? Vous savez qu’il faut que je parte demain matin. Nous ferons une promenade, et vous pourrez me remercier tout à loisir.



VI


L’après-midi était merveilleuse. Un calme plus profond pénétrait l’atmosphère et l’éclat de l’automne américain se tempérait d’une brume qui diffusait la clarté sans l’affaiblir.

Dans les creux boisés du parc, il faisait déjà un peu humide ; mais sur les hauteurs l’air était plus léger, et, en montant la côte, après avoir franchi la grande route, Lily et son compagnon atteignirent une région où l’été s’attardait. Le chemin serpentait à travers une prairie parsemée d’arbres, puis s’engageait dans une allée empanachée d’asters et de ronces aux ramilles pourprées, d’où, à travers le faible frissonnement des feuilles de frêne, les champs se déroulaient à perte de vue.

Plus haut, l’allée se garnissait d’épaisses touffes de fougère et de ces verdures luisantes qui rampent le long des pentes ombragées ; des arbres commençaient à surplomber, et l’ombre devenait plus profonde : c’était l’obscurité d’une hêtraie. Les troncs des arbres étaient distants les uns des autres, reliés seulement par une légère toison de broussailles ; le chemin serpentait le long de la lisière du bois, ayant vue de-ci de-là sur un pâturage ensoleillé ou sur un verger émaillé de fruits.

Lily n’avait pas de réelle intimité avec la nature, mais elle avait la passion de l’harmonie et pouvait être vivement sensible à un site qui fût le juste décor de ses propres sensations. Le paysage qui se déployait au-dessous d’elle lui semblait un épanouissement de son humeur présente et elle retrouvait quelque chose d’elle-même dans cette tranquillité, cette ampleur, ces longues perspectives. Sur le penchant voisin, les érables vacil-