Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/503

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miss Bart ; puis il dit, avec un accent de sécheresse qu’il ne put maîtriser :

— Ce n’étaient pas des gens du château : l’automobile allait dans l’autre sens.

— Je sais, je sais… (Elle s’arrêta, et il la vit rougir dans la pénombre.) Mais je leur avais dit que je ne me sentais pas bien, que je ne sortirais pas… Redescendons, je vous prie ! — murmura-t-elle.

Selden continuait à la regarder ; puis il tira de nouveau son étui à cigarettes et en alluma lentement une. Il lui semblait nécessaire, à cet instant, de proclamer, par quelque geste qui lui fût familier, qu’il se possédait parfaitement : il avait un désir presque enfantin de faire voir à sa compagne que, leur vol terminé, il avait atterri sain et sauf.

Elle attendit, pendant que la flamme vacillait sous sa paume recourbée ; puis il lui tendit les cigarettes.

Elle en prit une, d’une main mal assurée, et, la portant à ses lèvres, elle se pencha en avant pour l’allumer à la sienne. Dans l’obscurité, la petite lueur rouge éclaira le bas de son visage, et il vit sa bouche trembler sous un sourire.

— Parliez-vous sérieusement ? — demanda-t-elle, avec un bizarre frémissement de gaieté qu’elle avait peut-être ramassé, en hâte, au milieu d’un stock d’intonations, sans avoir le temps de choisir la note juste.

Selden gouvernait mieux sa voix :

— Pourquoi pas ? — répliqua-t-il. — Vous voyez, je ne courais aucun risque.

Et, comme elle restait encore debout devant lui, un peu pâle sous la réplique, il ajouta vivement :

— Redescendons !



VII


Mrs. Trenor devait vraiment aimer beaucoup miss Bart, car elle avait, en la grondant, autant de sincère désespoir dans la voix que si elle se lamentait, en bonne maîtresse de maison, sur une « série » manquée.