Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/505

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Mrs. Trenor balaya cet argument d’un geste qui en mettait à nu toute la faiblesse :

— Il avait l’intention de rester : c’est là le pis ! Cela montre bien qu’il vous fuit, que Bertha a fait son ouvrage et qu’elle l’a infecté de son venin.

Lily se mit à rire du bout des lèvres :

— Oh ! s’il court, je le rattraperai !

Son amie allongea la main comme pour l’arrêter :

— Quoi que vous décidiez, Lily, ne faites pas cela !

Miss Bart accueillit cet avertissement d’un sourire :

— Oh ! je ne veux pas dire que je vais prendre le premier train… Il y a des moyens.

Mais elle n’alla pas jusqu’à les spécifier.

Mrs. Trenor rectifia sèchement le temps du verbe :

— Il y avait des moyens… il y en avait même une foule ! Je ne croyais pas qu’il fût nécessaire de vous les signaler. Mais ne vous y trompez pas : il a une peur terrible. Il s’est sauvé tout droit chez lui, se réfugier auprès de sa mère, qui le protégera !

— Oh ! jusqu’à la mort, — accorda Lily, que cette vision égayait.

— Comment pouvez-vous rire !…

Et, sous la réprimande, Lily revint à une plus saine conception des choses. Elle interrogea :

— Qu’est-ce que Bertha lui a réellement raconté ?

— Ne me demandez pas : des horreurs !… Il paraît qu’elle avait exhumé tous les vieux potins… Oh ! vous savez ce que je veux dire : naturellement, il n’y a rien au fond ; mais je suppose qu’elle a remis à l’ordre du jour le prince Varigliano et lord Hubert… Ah ! il y avait aussi je ne sais quelle histoire d’après laquelle vous auriez emprunté de l’argent au vieux Ned Van Alstyne : est-ce exact ?

— Il est le cousin de mon père, — interrompit miss Bart.

— Bien entendu, elle n’a pas soufflé mot de cela… C’est Ned, paraît-il, qui a raconté la chose à Carry Fisher ; et elle, naturellement, l’a racontée à Bertha… Ils sont tous les mêmes, vous savez : ils sont muets pendant des années, et on se croit sauf ; puis, à la première occasion, ils retrouvent toute leur mémoire.