Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/507

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laquelle elle avait été si près d’échapper. Quel vent de folie l’avait chassée de nouveau sur ces mers sombres ?

Si quelque chose pouvait encore parachever son humiliation, c’était le sentiment de sa vie passée rouvrant ses ornières pour l’enliser. Hier sa fantaisie avait battu librement des ailes au-dessus de tout un choix d’occupations ; maintenant il lui fallait retomber au niveau de la routine familière où des moments d’éclat ou d’indépendance apparente alternaient avec de longues heures de sujétion.

Elle posa sa main sur celle de son amie pour lui demander pardon :

— Chère Judy ! je suis désolée de vous avoir causé un tel ennui, et vous êtes trop bonne pour moi. Mais vous avez bien quelques lettres auxquelles je pourrais répondre : laissez-moi au moins me rendre utile !

Elle s’installa devant le bureau, et Mrs. Trenor accepta qu’elle reprît la tâche du matin, — avec un soupir qui signifiait qu’après tout elle s’était révélée inapte à des emplois plus relevés.


Au déjeuner, il y avait bien des vides. Tous les hommes, sauf Jack Stepney et Dorset, étaient retournés en ville. Selden et Percy Gryce étaient partis par le même train ; — il y avait là, pour Lily, une ironie suprême ; — et lady Cressida et ses aides de camp, les Wetherall, avaient été expédiés en automobile déjeuner dans une villa éloignée. À de tels moments, où l’intérêt se trouvait diminué, Mrs. Dorset gardait d’habitude la chambre jusqu’à l’après-midi ; mais, en cette circonstance, elle fit son apparition vers le milieu du repas, les yeux cernés et languissante, mais avec une pointe de malice sous son indifférence.

Elle leva les sourcils et regarda autour de la table :

— Comme nous sommes peu nombreux ! À la bonne heure ! J’aime tant le calme !… et vous, Lily ?… Je voudrais que les hommes ne fussent jamais là : c’est vraiment bien plus agréable sans eux… Oh ! vous, George, vous ne comptez pas : on n’a pas besoin de faire des frais pour son mari… Mais je croyais que monsieur Gryce devait rester jusqu’à la fin de la semaine ?… N’était-ce pas son intention, Judy ?… C’est un si gentil garçon !… Je me demande ce qui l’a mis en fuite ? Il est un