Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/513

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lent moral, et quand elle faisait une tournée d’inspection mentale il y avait certaines portes closes qu’elle n’ouvrait jamais.

Comme ils atteignaient la grille de Bellomont, elle se tourna vers Trenor en souriant :

— L’après-midi est si belle !… ne voulez-vous pas me promener encore un peu ?… J’ai été plutôt un peu triste, toute la journée, et c’est si reposant de se sentir loin du monde, avec quelqu’un qui ne vous en voudra pas si l’on n’est pas très en train !

Elle était si mélancolique et si jolie en proférant cette requête, si confiante dans sa sympathie, si sûre de sa compréhension, que Trenor en vint à souhaiter que sa femme pût voir comment une autre femme le traitait, non pas une intrigante rafalée comme Mrs. Fisher, mais une jeune fille recherchée par la plupart des hommes, lesquels auraient donné beaucoup pour un tel regard.

Un peu triste ?… pourquoi diable seriez-vous triste ?… Êtes-vous mécontente de votre dernier envoi de Doucet, ou bien Judy vous a-t-elle dévalisée hier soir au bridge ?

Lily secoua la tête en soupirant :

— J’ai dû abandonner Doucet, et le bridge aussi : mes moyens ne me le permettent pas… En fait, mes moyens ne me permettent aucune des choses que mes amies peuvent faire, et j’ai peur que Judy ne me trouve souvent bien ennuyeuse depuis que je ne joue plus aux cartes et que je ne suis plus habillée aussi bien que les autres femmes… Et vous aussi, vous allez me trouver ennuyeuse, si je vous parle de mes tracas ; mais je n’en ai fait mention que pour vous demander de m’accorder une faveur, la plus grande des faveurs…

Elle chercha son regard une fois encore, et elle sourit intérieurement, à la légère appréhension qu’elle lisait dans ses yeux.

— Mais, bien entendu… s’il s’agit de quelque chose que je peux faire…

Il s’arrêta court, et elle devina que son zèle était un peu refroidi par le souvenir des méthodes de Mrs. Fisher.

— La plus grande des faveurs ! — reprit-elle doucement. — Le fait est que Judy est fâchée contre moi, et je voudrais que vous fissiez la paix entre nous.

— Fâchée contre vous ?… Bah ! quelle histoire !… (Son