Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/518

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être question pour elle de ne pas payer en cas de perte, puisque Trenor lui avait affirmé qu’elle était certaine de ne pas perdre. En lui envoyant le chèque, il lui avait expliqué qu’il avait gagné pour elle cinq mille dollars grâce au « tuyau » de Rosedale, et qu’il en avait remis quatre mille dans la même affaire, parce qu’on prévoyait de nouveau une « forte hausse » : elle en conclut donc que c’était maintenant avec son argent, à elle, qu’il spéculait, et que par conséquent elle ne lui devait rien de plus que la reconnaissance qu’on attache à un menu service de ce genre. Elle supposait vaguement que, pour se procurer la somme primitive, il avait emprunté sur ses titres ; mais c’était là un point où sa curiosité ne s’attardait pas. Elle se concentrait, pour le moment, sur la date probable de la prochaine « forte hausse… ».


La nouvelle de cet événement lui parvint quelques semaines plus tard, à l’occasion du mariage de Jack Stepney avec miss Van Osburgh. On avait demandé à miss Bart, cousine du fiancé, d’être demoiselle d’honneur ; mais elle avait décliné cette offre sous le prétexte que, comme elle était beaucoup plus grande que les autres jeunes filles du groupe, sa présence en détruirait la symétrie. La véritable raison, c’était qu’elle avait joué ce rôle trop souvent ; elle entendait bien ne plus figurer dans cette sorte de cérémonie que comme personnage principal. Elle n’ignorait pas les plaisanteries faites aux dépens des jeunes personnes trop longtemps exposées aux regards du public, et elle s’était juré d’éviter ces prétentions à la trop grande jeunesse qui pourraient induire les gens à la croire plus âgée qu’elle n’était réellement.

Le mariage Van Osburgh fut célébré dans l’église du village proche de la propriété paternelle, sur l’Hudson. Ce fut le « mariage à la campagne, sans cérémonie », où les invités sont amenés par trains spéciaux et d’où les hordes des non-invités sont écartées par l’intervention de la police. Tandis que ces rites champêtres étaient célébrés dans une église bondée de gens élégants et festonnée d’orchidées, les représentants de la presse se frayaient un chemin, le carnet à la main, à travers le labyrinthe des cadeaux, et l’agent d’un syndicat cinématographique dressait son appareil à la porte du lieu saint. C’était