Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/521

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qu’ici, dans toutes les splendeurs de la maison Van Osburgh. Aujourd’hui toutefois, le gazouillement de ses enthousiasmes n’agaçait pas Lily : Gerty semblait seulement mettre en relief tout ce que Lily avait d’exceptionnel et donner plus d’ampleur à son plan d’existence.

— Allons jeter un coup d’œil sur les cadeaux, avant que tout le monde quitte la salle à manger ! — proposa miss Farish, en glissant son bras sous celui de son amie.

C’était un des traits de son caractère que de prendre un intérêt tout sentimental et dépourvu d’envie à tous les détails d’un mariage : elle était de ces personnes qui ont toujours leur mouchoir à la main durant l’office, et qui s’en vont serrant un morceau du gâteau de mariage soigneusement empaqueté.

— On a bien fait les choses, n’est-ce pas ? — poursuivit-elle, comme elles entraient dans le salon éloigné où s’étalait le butin nuptial de miss Van Osburgh. — J’ai toujours dit que personne ne fait mieux les choses que ma cousine Grace ! Avez-vous jamais goûté rien de plus exquis que cette mousse de langouste avec la sauce au champagne ?… J’étais décidée depuis des semaines à ne pas manquer ce mariage, et voyez comme cela s’est arrangé ! Quand Lawrence Selden a su que je venais, il a insisté pour venir me prendre lui-même et me conduire en voiture à la gare, et, ce soir, au retour, je dois dîner avec lui chez Sherry. Je suis aussi agitée que si je me mariais moi-même.

Lily sourit : elle savait que Selden avait toujours été plein d’attentions pour sa pauvre cousine, et elle s’était quelquefois demandé pourquoi il gaspillait tant de temps d’une façon si peu rémunératrice ; mais aujourd’hui cette idée lui causait un vague plaisir.

— Le voyez-vous souvent ? — demanda-t-elle.

— Oui ; il a la bonté de venir me faire une petite visite le dimanche. Nous allons quelquefois au théâtre ensemble ; mais, dans ces derniers temps, je ne l’ai guère vu. Il n’a pas l’air bien, il semble nerveux et troublé… Le cher garçon ! Je voudrais tant lui voir épouser quelque gentille jeune fille !… Je le lui ai dit aujourd’hui, mais il m’a répondu qu’il ne tenait pas aux vraiment gentilles et que les autres ne tenaient pas à