Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/791

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La femme, d’abord, ne parut pas entendre ; puis, sans un mot d’excuse, elle repoussa son seau en arrière et tira une toile humide à travers le palier, sans détourner ses yeux de Lily pendant que celle-ci passait. Il n’était pas tolérable que Mrs. Peniston eût de pareilles créatures dans la maison ; et Lily regagna sa chambre, résolue à exiger que cette femme fût renvoyée le soir même.

Mais Mrs. Peniston, en ce moment, n’était pas accessible aux remontrances : de grand matin, elle s’était enfermée avec sa femme de chambre, passant la revue de ses fourrures, — c’était le point culminant de ce drame de rénovation ménagère. — Et, le soir encore, Lily se trouva seule, car sa tante, qui rarement dînait dehors, avait accepté l’invitation d’une cousine Van Alstyne, de passage en ville. La maison, dans cet état de propreté presque inquiétante et d’ordre parfait, était aussi lugubre qu’un tombeau, et lorsque Lily, après un bref repas entre des buffets ensevelis, s’égara dans le salon parmi les meubles brillants à peine débarrassés de leurs housses, elle se sentit comme enterrée vive entre les limites étouffantes de l’existence de Mrs. Peniston.

Lily s’arrangeait ordinairement pour éviter d’être à la maison lors de ce renouvellement domestique. Cette fois pourtant diverses raisons s’étaient combinées pour la ramener en ville ; et, avant tout, le fait qu’elle avait moins d’invitations que d’habitude pour l’automne. Elle avait été si longtemps accoutumée à passer d’une villa dans une autre, jusqu’à ce que la fin des vacances fit rentrer ses amies, que ces intervalles de temps inoccupés lui donnèrent un sentiment aigu de popularité déclinante. Comme elle l’avait dit à Selden, on était fatigué d’elle. On était prêt à l’applaudir dans un autre rôle ; mais en tant que miss Bart, on la connaissait par cœur. Elle aussi se connaissait par cœur : elle en avait assez, de la vieille histoire. Il y avait des moments où elle aspirait aveuglément à n’importe quoi de différent, à quelque chose d’étrange, de lointain, d’inessayé ; mais son imagination n’allait jamais au delà de sa vie habituelle dans un décor nouveau. Elle ne pouvait se voir ailleurs que dans un salon, exhalant de l’élégance comme une fleur exhale son parfum.

Cependant octobre avançait, et il ne lui restait que cette