Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/792

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alternative : ou bien retourner chez les Trenor ou bien rejoindre sa tante en ville. Même le déplorable ennui de New-York en cette saison, même l’intérieur de Mrs. Peniston, et ses désagréments savonneux, semblaient préférables à ce qui pourrait l’attendre à Bellomont : avec un air de dévouement héroïque elle annonça son intention de demeurer auprès de sa tante jusqu’à la fin des vacances.

Des sacrifices de cette nature sont parfois accueillis avec des sentiments aussi mêlés que ceux qui les déterminent : Mrs. Peniston dit à sa camériste de confiance que, si quelque membre de la famille devait se trouver auprès d’elle durant cette crise (et depuis quarante ans elle s’était crue assez compétente pour présider seule à la remise de ses rideaux), elle eût certainement préféré miss Grace à miss Lily. Grace Stepney était une cousine obscure, de manières souples et sans vie personnelle, qui accourait tenir compagnie à Mrs. Peniston quand Lily dînait en ville trop continuellement, qui jouait au bezigue, réparait les fautes dans les ouvrages à l’aiguille, lisait les décès dans le Times et admirait sincèrement le satin pourpre des rideaux du salon, le Gladiateur Mourant dans la fenêtre, et la gigantesque vue du Niagara, seule débauche artistique de la carrière tempérée de M. Peniston.

Dans les circonstances ordinaires, Mrs. Peniston était aussi ennuyée par son excellente cousine que la personne qui reçoit de tels services l’est généralement par celle qui les rend. Elle préférait de beaucoup la brillante Lily, sur laquelle on ne pouvait compter, qui ne savait pas distinguer l’un de l’autre les bouts d’une aiguille à crochet et qui avait souvent blessé son amour-propre en lui suggérant l’idée de « refaire » son salon. Mais quand il s’agissait de faire la chasse à des serviettes qui manquaient ou d’aider à décider si l’escalier de service avait besoin d’un tapis neuf, l’opinion de Grace avait plus de valeur que celle de Lily, — sans compter que celle-ci ne pouvait supporter l’odeur de la cire et du savon noir, et se comportait comme si elle s’imaginait qu’une maison doit se tenir propre toute seule, sans aucune assistance étrangère !

Assise dans le salon, sous la lumière morne du lustre, — Mrs. Peniston n’allumait jamais les lampes à moins qu’il n’y eût « du monde », — Lily semblait assister à la retraite de sa