Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/800

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déjeuner. Lily ne l’avait jamais vue autrement que cuirassée de noir étincelant, avec des petites bottines très serrées et, par toute sa personne, un air d’être emballée et prête à partir ; pourtant elle ne partait jamais.

Mrs. Peniston promena autour du salon un regard minutieusement scrutateur.

— J’ai aperçu, de la voiture, une raie de lumière sous un des stores : c’est vraiment inouï que je ne puisse obtenir de cette femme qu’elle ne les baisse pas de travers !

Après avoir corrigé cette irrégularité, elle s’assit sur un des brillants fauteuils pourpres : — Mrs. Peniston s’asseyait toujours sur un fauteuil, jamais dedans. — Elle considéra miss Bart.

— Vous avez l’air fatiguée, ma chère : je suppose que c’est la surexcitation du mariage. Cornelia Van Alstyne en avait plein la bouche ; Molly y était aussi, et Gerty Farish est entrée en courant pour nous en parler… J’ai trouvé bizarre qu’ils aient servi le melon avant le consommé : un déjeuner de mariage devrait toujours commencer par le consommé. Les toilettes des demoiselles d’honneur n’ont pas plu à Molly. Elle tenait directement de Julia Melson qu’elles avaient coûté trois cents dollars chacune, chez Céleste, mais elle dit qu’elles ne les représentaient pas. Je suis bien aise que vous ayez refusé d’être demoiselle d’honneur : cette nuance saumon ne vous aurait pas convenu.

Mrs. Peniston adorait discuter les plus menus détails des fêtes auxquelles elle n’avait pas pris part. Rien n’aurait pu la décider à soutenir l’effort et la fatigue d’assister au mariage Van Osburgh, mais elle s’intéressait tant à cet événement qu’après en avoir entendu deux versions elle se préparait à en tirer de sa nièce une troisième. Or Lily avait été d’une négligence déplorable et n’avait guère noté les particularités de la cérémonie. Elle avait oublié de remarquer la couleur de la robe de Mrs. Van Osburgh ; elle ne pouvait même pas dire si le « vieux Sèvres » des Van Osburgh avait figuré à la table de la mariée : bref, Mrs. Peniston fut obligée de reconnaître que Lily écoutait mieux qu’elle ne racontait.

— Vraiment, Lily, je ne vois pas pourquoi vous avez pris la peine d’aller à ce mariage, si vous ne vous souvenez ni de ce qui s’y est passé ni des gens que vous y avez vus. Quand j’étais