Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/811

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Trenor lui décocha, sans préambule et sur un ton d’autorité maussade :

— Dites donc, Lily, comment doit-on faire pour avoir l’honneur de vous voir ?… Je viens en ville trois ou quatre fois par semaine, et vous savez bien qu’un mot adressé au club me trouvera toujours ; mais vous semblez avoir oublié jusqu’à mon existence maintenant, sauf quand vous voulez m’extorquer un tuyau…

Que l’observation fût d’un parfait mauvais goût, cela ne facilitait en rien la réponse, car Lily sentait vivement que ce n’était pas le moment de raidir sa fine taille et de hausser avec étonnement les sourcils, moyens par lesquels, d’habitude, elle coupait court aux premiers signes de familiarité.

— Je suis très flattée que vous désiriez me voir, — répondit-t-elle, essayant de plaisanter au lieu de se fâcher, — mais, à moins que vous n’ayez oublié mon adresse, il vous était facile de me trouver chez ma tante, n’importe quel jour, dans l’après-midi… À dire vrai, j’attendais un peu votre visite.

Si elle avait espéré l’adoucir par cette dernière concession, elle s’aperçut bien vite de son erreur : il se contenta de répliquer, avec ce froncement de sourcils qui dans ses moments de colère le faisait paraître plus brute que jamais :

— Que diable voulez-vous que j’aille faire chez votre tante ? Perdre une après-midi à écouter un tas de bonshommes qui vous parlent !… Vous savez bien que ce n’est pas mon genre de m’asseoir en rond et de caqueter : j’aime toujours mieux filer quand le cercle se forme… Mais pourquoi n’irions-nous pas quelque part ensemble faire une petite partie, une bonne petite expédition comme cette promenade en voiture, à Bellomont, le jour où vous êtes venue me chercher à la gare ?

Elle eut le désagrément de le voir se pencher sur elle pour lui faire cette proposition, et elle crut flairer un arôme significatif qui expliquait le rouge sombre de son visage et la moiteur luisante de son front.

L’idée que toute réponse un peu vive pourrait provoquer une fâcheuse explosion tempéra son dégoût de prudence, et elle répondit en riant :

— Je ne vois pas très bien comment on peut faire une partie de campagne en ville, mais je ne suis pas toujours