Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/819

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où elle était reconnaissante que Lily ne fût pas encore mariée. Mais l’idée qu’un scandale pût s’attacher au nom d’une jeune fille, et, surtout, qu’on pût l’associer légèrement à celui d’un homme marié, cette idée était si nouvelle pour elle qu’elle était aussi consternée que si on l’avait accusée de ne pas enlever ses tapis l’été, ou de violer quelque autre des lois cardinales qui régissent la tenue d’une maison,

Miss Stepney, une fois calmée de sa première peur, commença de sentir la supériorité que confère une grande largeur d’esprit. C’était vraiment pitoyable d’ignorer le monde au point où l’ignorait Mrs. Peniston !

Elle sourit de la question émise par celle-ci :

— Les gens disent toujours des choses désagréables… et certainement on les voit beaucoup ensemble… Une amie à moi les a rencontrés au Parc, l’autre après-midi… très tard… après que les réverbères étaient allumés… C’est dommage que Lily s’affiche ainsi.

« S’affiche ! » — soupira Mrs. Peniston.

Elle se pencha en avant, baissant la voix pour atténuer l’horreur de la situation :

— Qu’est-ce qu’on dit ?… qu’il a l’intention d’obtenir le divorce et de l’épouser ?

Grace éclata de rire :

— Dieu non ! Il ne ferait pas cela… C’est… c’est un flirt… rien de plus.

« Un flirt » ?… Entre ma nièce et un homme marié ?… Vous avez la prétention de me faire croire que Lily, avec son physique et tous ses avantages, ne saurait trouver un meilleur emploi de son temps que de le perdre avec un gros homme stupide, presque assez âgé pour être son père ?

Cet argument sonnait si convaincant qu’il rassura Mrs. Peniston : elle ramassa son ouvrage, en attendant que Grace Stepney ralliât ses forces en déroute.

Mais miss Stepney avait une réponse toute prête :

— Voilà le pis : on dit qu’elle ne perd pas son temps !… Tout le monde sait, comme vous dites, que Lily est trop belle… et trop charmante… pour se consacrer à un homme comme Gus Trenor, à moins…

— « À moins » ? — fit Mrs. Peniston, comme un écho.