Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/820

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Son interlocutrice respira nerveusement. C’était une jouissance que de choquer Mrs. Peniston, mais non de la choquer jusqu’à la mettre en colère. Miss Stepney n’était pas assez familière avec le drame classique pour avoir pu se rappeler d’avance comment on reçoit d’habitude les porteurs de mauvaises nouvelles, mais elle eut alors une rapide vision de dîners compromis et de garde-robe réduite, conséquences possibles de son désintéressement. À l’honneur de son sexe, toutefois, sa haine de Lily prévalut sur des considérations plus personnelles. Mrs. Peniston avait mal choisi son moment pour vanter les charmes de sa nièce.

— À moins que, — dit Grace, se penchant, elle aussi, en avant et parlant à voix basse, mais accentuant chaque mot, — à moins qu’il n’y ait des avantages matériels à recueillir en se rendant agréable à Gus Trenor.

Elle sentit que l’heure était décisive, et se souvint tout à coup que Mrs. Peniston lui aurait donné son brocart noir, à frange de jais taillé, à la fin de la saison.

Mrs. Peniston posa de nouveau son ouvrage. Un autre aspect de la même idée s’était présenté à son esprit ; elle sentait qu’il était au-dessous de sa dignité de se laisser torturer les nerfs par une parente sans ressource qui portait ses défroques.

— Si vous prenez plaisir à m’ennuyer par des insinuations mystérieuses, — dit-elle froidement, — vous auriez pu tout au moins mieux choisir votre jour, attendre que je fusse remise de la fatigue du grand dîner que j’ai donné.

À cette mention du dîner, les derniers scrupules de Mrs. Stepney disparurent.

— Je ne vois pas pourquoi vous m’accusez de prendre plaisir à vous parler de Lily. J’étais bien sûre que vous ne m’en sauriez aucun gré, — répliqua-t-elle avec un flamboiement de colère. — Mais j’ai encore un certain sentiment de famille, et, comme vous êtes la seule personne qui ayez quelque autorité sur Lily, je croyais que vous deviez être avertie de ce qu’on dit sur elle.

— Mais — fit Mrs. Peniston — ce dont je me plains, c’est que vous ne m’avez pas encore rapporté ce qu’on dit effectivement.

— Je ne pouvais pas supposer qu’il me faudrait mettre les points sur les i. On dit que Gus Trenor paye ses factures !

— « Paye ses factures… » ses factures !… (Mrs. Peniston