Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/821

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se mit rire.) Je n’imagine pas où vous avez pu ramasser de pareilles inepties… Lily a sa fortune personnelle… et je pourvois largement à ses besoins…

— Oh ! tout le monde sait cela ! — interrompit sèchement miss Stepney. — Mais Lily a une quantité de robes fort élégantes…

— J’aime à ce qu’elle soit bien habillée : ce n’est que convenable !

— Assurément ; mais il y a aussi les dettes de jeu.

Miss Stepney, au début, ne comptait pas introduire ce grief ; mais, là, Mrs. Peniston n’avait qu’à s’en prendre à sa propre incrédulité. Elle était comme les incrédules obstinés dont il est question dans l’Écriture, qu’il faut anéantir pour les convaincre.

— Des « dettes de jeu» ?… Lily ?… (La voix de Mrs. Peniston tremblait de colère et d’effarement : elle se demandait si Grace Stepney était devenue folle…) Qu’entendez-vous par ses « dettes de jeu » ?

— Tout simplement que, si on joue de l’argent au bridge dans la coterie de Lily, on s’expose à perdre de grosses sommes… et je ne suppose pas que Lily gagne toujours.

— Qui vous a dit que ma nièce jouait de l’argent ?

— Mon Dieu, cousine Julia, ne me regardez pas comme si j’essayais de vous monter contre Lily !… tout le monde sait qu’elle est enragée de bridge. Mrs. Gryce m’a dit elle-même que c’est de la voir jouer qui a effrayé Percy Gryce : il paraît qu’au début il était tout à fait sous son charme. Mais, bien entendu, dans le clan de Lily il est tout à fait reçu que les jeunes filles jouent de l’argent. Par le fait, on est porté à l’excuser à cause de cela…

— L’excuser de quoi ?

— D’être gênée… et d’accepter les bons offices d’hommes… comme Gus Trenor… et George Dorset…

Mrs. Peniston poussa un nouveau cri

— « George Dorset » ?… Y a-t-il encore quelqu’un d’autre ?… Je désire savoir le pis, s’il vous plaît !

— N’interprétez pas mes paroles de cette façon, cousine Julia !… Dans ces derniers temps, Lily a été beaucoup avec les Dorset, et lui semble l’admirer… mais ça, c’est tout naturel…