Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/824

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son mari. Dorset était aussi difficile à amuser qu’un sauvage ; mais, il avait beau être absorbé en lui-même, il ne pouvait résister aux artifices de Lily, ou plutôt ces artifices étaient particulièrement propres à calmer un égoïsme inquiet. L’école qu’elle avait faite avec Percy Gryce l’aidait à mieux servir les caprices de George Dorset, et si, dans ce cas, le désir de plaire la stimulait de façon moins urgente, les difficultés de sa position lui enseignaient à tirer parti des occasions même secondaires.

Il était peu probable que l’intimité avec les Dorset diminuât ses embarras matériels. Mrs. Dorset n’avait aucun des mouvements de prodigalité de Judy Trenor, et l’admiration de Dorset, apparemment, ne devait pas s’exprimer par des « tuyaux » financiers, même si Lily avait tenu à renouveler ses expériences dans cette direction. Ce qu’elle demandait, pour le moment, à l’amitié des Dorset, c’était simplement sa sanction mondaine. Elle savait que l’on commençait à parler d’elle ; mais ce fait ne l’alarmait pas comme il avait alarmé Mrs. Peniston. Dans son clan, pareil « potin » n’était pas des plus rares ; une belle jeune fille qui flirtait avec un homme marié, on estimait simplement qu’elle jouait sa dernière carte. C’était Trenor lui-même qui l’effrayait. Leur promenade au Parc n’avait pas été un succès. Trenor s’était marié jeune, et, depuis son mariage, ses rapports avec les femmes n’avaient rien de ces bavardages sentimentaux qui se replient l’un sur l’autre comme les sentiers d’un labyrinthe : il fut d’abord déconcerté, puis irrité, de se voir toujours ramené au même point de départ, et Lily sentit que peu à peu elle n’était plus maîtresse de la situation. Trenor, en vérité, devenait d’une humeur ingouvernable. Malgré ses intelligences avec Rosedale, il avait été assez durement « touché » par la baisse ; les frais de son train de maison l’accablaient, et il semblait ne rencontrer de tous côtés qu’une sombre opposition à tous ses vœux, au lieu de la bonne chance qui lui avait souri facilement jusque-là.

Mrs. Trenor était encore à Bellomont ; sa maison de ville était ouverte : elle y descendait, de temps à autre, pour reprendre contact avec le monde ; mais aux piètres divertissements de cette morne saison elle préférait l’excitation renouvelée qu’elle trouvait à recevoir ses invités du samedi au lundi. Depuis les vacances, elle n’avait plus insisté pour que Lily