Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/827

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grâce à son remarquable esprit d’intrigue, elle avait décide une douzaine de femmes élégantes à s’exhiber dans une série de tableaux dont, par un autre miracle de persuasion, l’éminent peintre de portraits Paul Morpeth avait accepté d’être le metteur en scène.

Lily, en pareil cas, était dans son élément. Sous la direction de Morpeth, son sens plastique très vif, à qui jusqu’à présent on n’avait donné en pâture que des problèmes de toilette et d’ameublement, trouva à s’exprimer dans l’arrangement des draperies, l’étude des postures, le jeu des lumières et des ombres. Son instinct dramatique s’éveilla au choix des sujets, et les fastueuses reproductions de costumes historiques remuèrent une imagination que seules les impressions visuelles pouvaient atteindre. Mais, par-dessus tout, c’était la griserie de déployer sa beauté sous un aspect nouveau, de montrer que son charme n’était pas une puissance figée, qu’il pouvait modeler toutes les émotions humaines en formes nouvelles de grâce.

Mrs. Fisher avait bien pris ses mesures, et la société, surprise dans un moment d’ennui, succomba à la tentation que lui offrait l’hospitalité de Bry. Les quelques protestataires disparurent dans la foule qui abjura et accourut : l’assistance était presque aussi brillante que le spectacle.

Lawrence Selden était parmi ceux qui avaient cédé aux attractions annoncées. S’il ne se conformait pas souvent à cet axiome mondain qu’un homme peut aller où bon lui semble, c’était pour avoir appris depuis longtemps qu’il ne trouvait guère de plaisir que dans un petit groupe d’esprits semblables au sien. Mais il goûtait les beaux spectacles, et il n’était pas insensible au rôle que l’argent peut jouer dans leur apprêt : tout ce qu’il demandait aux gens très riches, c’était qu’ils fussent à la hauteur de leur métier d’impresario, et qu’ils ne dépensassent pas leur argent d’une manière ennuyeuse. Pour cela, les Bry ne pouvaient certes pas en être accusés. Leur maison, cadre défectueux, sans doute, pour la vie domestique, était presque aussi bien comprise pour le déploiement d’une grande fête que ces monuments de plaisance improvisés par les architectes italiens pour bien faire valoir l’hospitalité des princes. L’air d’improvisation était partout