Page:La Revue de Paris 1907 tome6.djvu/829

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y paraît à son avantage !… Avez-vous jamais vu des bijoux pareils ? Regardez, je vous prie, les perles de Mrs. Georges Dorset : je suppose que la plus petite d’entre elles payerait le loyer de notre Cercle de Jeunes filles pour une année… Mais je n’ai pas le droit de me plaindre, pour ce qui est du cercle : tout le monde a été si bon !… Vous ai-je raconté que Lily nous a donné trois cents dollars ? N’est-ce pas vraiment magnifique de sa part ?… Et puis elle a récolté une masse d’argent chez ses amis : Mrs. Bry nous a donné cinq cents dollars, et monsieur Rosedale mille… Je voudrais bien que Lily fût moins aimable avec monsieur Rosedale, mais elle prétend que cela ne sert à rien d’être malhonnête avec lui, parce qu’il ne voit pas la différence… Elle ne peut pas supporter de faire de la peine aux gens : oh ! cela m’exaspère quand on soutient qu’elle est froide et infatuée d’elle-même ! Ce n’est pas l’avis des jeunes filles, au cercle… Savez-vous qu’elle y est venue deux fois avec moi ?… elle, Lily !… Et il fallait voir leurs yeux ! L’une d’entre elles a dit que cela valait une journée à la campagne, rien que de la regarder… Elle était là, riant et bavardant avec ces jeunes filles… pas du tout comme si elle faisait une visite de charité, vous savez, mais comme si elle y prenait autant de plaisir que les autres. Aussi, depuis, on ne cesse de me demander quand elle reviendra ; et elle m’a promis… Oh !

Les confidences de miss Farish furent brusquement interrompues par le rideau qui s’ouvrait sur le premier tableau : — un groupe de nymphes dansant sur une pelouse émaillée de fleurs, dans les poses rythmiques du Printemps de Botticelli. L’effet des tableaux vivants dépend non seulement de l’heureuse disposition des lumières et de l’illusion produite par les couches de gaze interposées, mais aussi de la correspondance établie entre la vision mentale et l’objet : pour les esprits peu meublés, ils demeurent, malgré tous les rehaussements de l’art, comme des figures de cire supérieures ; mais pour l’imagination qui sait leur répondre, ils permettent de magiques coups d’œil sur le monde intermédiaire entre le réel et l’idéal. L’esprit de Selden était de cet ordre : il pouvait s’abandonner à des influences hallucinantes aussi complètement qu’un enfant au prestige d’un conte de fées. Il ne manquait aux tableaux de Mrs. Bry aucune des qualités qui contribuent à des illusions