Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/130

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et de bienveillance, fut épargné au moment des massacres. Les missionnaires ne furent pas inquiétés.

Dans quelques tribus, il y eut une explosion de fanatisme à la fois religieux et nationaliste. On ne peut guère expliquer autrement que par des motifs religieux la défection subite du vieux Hendrik Witbooi. Les missionnaires américains de l' Ethiopian Church avaient apporté aux nègres une doctrine qui fit vite fortune : à chaque race, le pays qu’elle habite ; l’Afrique doit appartenir aux nègres. Des pasteurs noirs portèrent aussitôt la doctrine à ses limites extrêmes ; ils prêchèrent l’expulsion du Blanc ; ils fondèrent dans la colonie du Cap une Église indépendante et un séminaire ; ils eurent un journal en langue basouto et menèrent une active propagande en faveur de leurs idées, qui se résument dans cette formule : South Africa for the Blacks. Un « prophète » de cette Eglise séjournait en 1904 près de Hendrik Witbooi qui se crut le chef élu, prédestiné du grand mouvement d’affranchissement. Dieu lui-même le déliait du serment de fidélité et lui mettait les armes en mains : « Les comptes que j’ai à rendre à Dieu le Père, qui est au ciel, sont très grands. Dieu a entendu nos larmes et nos supplications et nos soupirs et nous a délivrés. Car je l’attends et je l’implore, afin qu’il sèche nos larmes et nous délivre en son temps. Dieu a, du haut du ciel, rompu notre traité... » C’est en ces termes qu’il répondait à Leutwein.

Le soulèvement n’avait pas été concerté entre les diverses peuplades. Mais l’excitation des esprits était la même dans le centre et dans le sud, dans le Damaraland et dans le Namaland. Il suffit d’une dispute misérable, provoquée par le vol d’un mouton, pour que la révolte, éclatant sur un point, gagnât de proche en proche. Le capitaine des Bondelzwarts, Abraham Christian, avait enlevé à un de ses sujets un mouton et l’avait mangé. Le volé se plaignit au lieutenant allemand, chef du district. Le lieutenant accueillit sa plainte, en violation du traité qui réservait au chef indigène le droit exclusif de rendre la justice dans tous les différends où l’une des parties n’était pas un Blanc. Il exigea du capitaine la restitution du mouton. Abraham Christian consentit à verser au plaignant une indemnité de vingt marks. Mais le lieutenant, pour donner une « leçon » à ce chef barbare, exigea qu’il comparût en personne devant