Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/156

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— Parce que vous en êtes une… voilà pourquoi !… et c’est un outrage, en vérité, que vous soyez dans un endroit pareil. Je ne puis en parler avec sang-froid.

Elle ne l’avait jamais vu si secoué : il en avait perdu sa volubilité habituelle ; et il y avait pour elle quelque chose de presque pathétique dans sa lutte balbutiante contre ses émotions.

Il se leva si brusquement que le rocking-chair bascula jusqu’au bout, et il se planta carrément devant elle.

— Écoutez, miss Lily, je vais en Europe, la semaine prochaine ; je vais à Londres et à Paris, pour deux mois… je ne peux pas vous laisser ainsi. Je ne le peux pas… Je sais que ce ne sont pas mes affaires, vous me l’avez fait comprendre assez souvent ; mais vous êtes dans une plus mauvaise passe que jamais et vous devez voir qu’il vous faut accepter l’aide de quelqu’un. Vous m’avez parlé, l’autre jour, d’une dette envers Trenor. Je sais ce que vous voulez dire… et je respecte le sentiment que vous avez là-dessus.

Une rougeur de surprise monta aux joues pâles de Lily ; mais, avant qu’elle pût l’interrompre, il continuait ardemment :

— Eh bien, je vous prêterai de quoi payer Trenor, et je ne veux pas… je… voyons, attendez un peu que j’aie fini… Ce dont je veux parler, c’est un simple arrangement d’affaires, comme on pourrait le faire entre hommes. À présent, qu’avez-vous à objecter ?

La rougeur de Lily devint plus vive, par un mélange d’humiliation et de gratitude, et ces deux sentiments se révélèrent dans la douceur inattendue de sa réponse.

— Ceci, tout bonnement : c’est exactement ce que m’avait proposé Gus Trenor, et, dorénavant, je ne peux pas être sûre de comprendre le plus simple arrangement d’affaires.

Puis, considérant que cette réponse contenait un principe d’injustice, elle ajouta plus gentiment :

— Ce n’est pas que je n’apprécie votre bonté, que je ne vous en sois pas reconnaissante… Mais un arrangement d’affaires entre nous serait dans tous les cas impossible, car je n’aurai aucune garantie à vous offrir quand ma dette envers Gus Trenor sera payée.