Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/163

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Lily peu à peu se rendit compte de la surprise qu’il y avait sous le silence de Selden ; elle se tourna vers lui, et, simplement :

— Je suis venue vous dire que je regrettais la manière dont nous nous sommes quittés… la réponse que je vous ai faite, ce jour-là, chez Mrs. Hatch.

Les mots affluaient spontanément à ses lèvres. Même en montant l’escalier, elle n’avait pas songé à préparer un prétexte pour justifier sa visite ; mais, en ce moment, elle éprouvait un désir intense de dissiper le nuage de malentendu qui s’était élevé entre eux.

Selden lui rendit son regard avec un sourire :

— Moi aussi, j’ai regretté que nous nous fussions quittés de cette manière ; mais je ne suis pas sûr de ne pas m’être attiré cela… Heureusement, j’avais prévu le risque que je courais…

— De sorte que cela vous était vraiment égal ? — interrompit-elle, par un éclair de son ancienne ironie.

— De sorte que j’étais prêt à en subir les conséquences, — corrigea-t-il avec bonne humeur. — Mais nous parlerons de tout cela plus tard. Venez vous asseoir près du feu. Je puis vous recommander ce fauteuil, si vous voulez bien que je vous mette un coussin dans le dos.

Pendant qu’il parlait, elle s’était avancée lentement jusqu’au milieu de la pièce, et s’était arrêtée près du bureau, où la lampe, l’éclairant de bas en haut, jetait des ombres exagérées sur la pâleur de sa figure délicatement creusée.

— Vous avez l’air fatiguée… asseyez-vous, je vous en prie, — répéta-t-il avec douceur.

Elle ne parut pas entendre sa requête.

— Je voulais vous faire savoir que j’ai quitté Mrs. Hatch immédiatement après vous avoir vu… — dit-elle, comme si elle continuait sa confession.

— Oui, oui, je sais, — acquiesça-t-il, avec un peu d’embarras.

— … et que je l’ai fait parce que vous m’aviez dit de le faire. Avant votre visite, j’avais déjà commencé à voir qu’il me serait impossible de rester avec elle… pour les raisons que vous m’avez données… mais je ne voulais pas l’admettre… je ne