Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/172

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— Eh bien ! eh bien ! miss Bart, vous êtes souffrante… Appuyez-vous sur moi, jusqu’à ce que vous vous sentiez mieux.

Sous la pression du bras qui la soutenait, un peu de force et de couleur semblait revenir à Lily.

— Je ne suis que fatiguée… Ce n’est rien, — parvint-elle à dire, au bout d’un moment.

Puis, comme elle lisait dans les yeux de sa compagne un timide appel :

— J’ai été malheureuse… j’ai eu de grands ennuis.

— Vous, des ennuis ? Je vous voyais toujours là-haut, dans les splendeurs !… Quelquefois, dans mes plus mauvaises passes, quand j’en venais à me demander pourquoi les choses étaient si drôlement arrangées en ce monde, je me souvenais toujours que vous, en tout cas, vous aviez du bon temps, et cela me semblait prouver qu’il y avait une espèce de justice quelque part… Mais il ne faut pas que vous restiez assise ici davantage… il fait horriblement humide. Est-ce que vous ne vous sentez pas assez forte pour marcher un peu, maintenant ? — conclut-elle.

— Si, si !… Il faut que je rentre, — murmura Lily en se levant.

Ses yeux restaient fixés avec étonnement sur la maigre et pauvre figure qui se tenait à son côté. Elle avait connu Nettie Crane comme une des victimes découragées faites par l’excès de travail et par l’anémie des parents : un des résidus de la vie destinés à être balayés prématurément, avec tout le rebut social, ainsi que Lily, une heure plus tôt, le disait dans sa terreur. Mais la frêle enveloppe de Nettie Struther semblait maintenant pleine de vie, d’espoir et d’énergie : quelque sort que l’avenir lui réservât, elle ne se laisserait pas jeter au tas sans lutter.

— Je suis bien contente de vous avoir vue, — reprit Lily, forçant à sourire ses lèvres tremblantes. — Ce sera mon tour de penser à votre bonheur… et le monde me semblera moins injuste, à moi aussi.

— Oh ! mais je ne peux pas vous laisser comme ça… vous n’êtes pas en état de rentrer chez vous toute seule… Et je ne peux pas non plus aller avec vous ! — gémit Nettie Struther en se rappelant soudain quelque chose. — Écoutez, mon mari