Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/176

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vements grimpants des petits doigts qui se fermaient et se rouvraient. Tout d’abord le fardeau qu’elle portait dans ses bras lui sembla aussi léger qu’un nuage rose ou qu’une boule de duvet ; mais, comme elle continuait à le tenir, le poids augmenta, s’enfonça plus profond, et la pénétra d’une étrange faiblesse, comme si l’enfant entrait en elle et devenait une partie d’elle-même.

Elle leva les yeux, et vit le regard de Nettie posé sur elle avec une tendre allégresse.

— Ne serait-ce pas trop beau si, en grandissant, elle devenait comme vous ?… Bien entendu, je sais que c’est impossible… mais les mères rêvent toujours les choses les plus folles pour leurs enfants.

Lily serra la petite, étroitement, une seconde, puis elle la reposa dans les bras de sa mère.

— Oh ! qu’elle ne fasse pas cela !… j’aurais peur de venir la voir trop souvent ! — dit-elle avec un sourire.

Puis, résistant à Mrs. Struther qui lui offrait anxieusement de l’accompagner, et renouvelant sa promesse de revenir bientôt pour faire la connaissance de George et pour voir le bébé dans son bain, elle sortit de la cuisine, et descendit seule l’escalier de la maison.


Une fois dans la rue, elle se rendit compte qu’elle se sentait plus forte et plus heureuse : ce petit épisode lui avait fait du bien. C’était la première fois qu’elle rencontrait un résultat de sa fugitive bienfaisance, et l’étonnement qu’elle éprouva devant la solidarité humaine soulagea son cœur du froid mortel qui l’oppressait.

Ce ne fut qu’en franchissant le seuil de sa porte qu’elle sentit, par réaction, son isolement plus profond. Il était bien plus de sept heures, et la lumière et les odeurs qui venaient du sous-sol prouvaient manifestement que le dîner de la pension avait commencé. Elle s’empressa de gagner sa chambre, alluma le gaz et s’habilla. Elle n’avait pas l’intention de s’écouter plus longtemps, ni de se passer de nourriture parce que l’entourage la lui rendait désagréable. Puisque c’était son destin de vivre dans une pension, il lui fallait apprendre à s’adapter aux conditions de cette existence. Néanmoins, lorsqu’elle descendit