Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/191

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Il voyait que toutes les conditions de la vie avaient conspiré à les tenir séparés, puisque son propre détachement des puissances extérieures qui l’avaient gouvernée, elle, avaient accru ses exigences morales et lui avaient rendu plus difficile de vivre et d’aimer sans esprit critique. Mais du moins il l’avait aimée, il avait été disposé à risquer son avenir sur la foi qu’il avait en elle, et, si le destin avait voulu que l’heure favorable passât sans qu’ils pussent la saisir, il voyait maintenant que, pour tous deux, cette heure était sauve dans la ruine de leurs existences.

C’était cet amour d’une heure, ce triomphe fugitif sur eux-mêmes, qui les avait gardés de l’atrophie et de l’extinction ; qui, chez elle, s’était tourné vers lui dans toutes ses luttes contre l’influence du milieu, et, chez lui, avait maintenu vivante la foi qui le ramenait pénitent et réconcilié à son chevet.

Il s’agenouilla et se pencha sur elle, épuisant jusqu’à la lie ce dernier instant de tête à tête ; et, dans le silence, passa entre eux le mot qui éclaircissait tout.


EDITH WHARTON
Traduit de l’anglais par charles du bos